Venise a compté jusqu’à 140 églises. Les entretenir quand les fidèles manquent est un puits sans fond. Une quarantaine sont donc fermées ou seulement entrebâillées. Les ironistes assurent que Napoléon, pourtant obstiné à rabaisser la République qu’il avait vaincue, n’en a pas détruit assez.

Abbaye et église à Venise vers 1910
Abbaye et église à Venise vers 1910 © Getty / Imagno

Que ces églises dérobent à la vue la substance qu’elles contiennent paraissait insupportable à Jacques Lacan. Il tambourinait à leurs portes, la légende dit même qu’une fois, après avoir arraché le droit l’entrée, il exigea du sacristain une échelle pour inspecter les statues.

Inspecteur des églises fermées… Jean-Paul Kauffmann a rêvé de ce titre qui lui aurait permis de rôder à la recherche de l’interdit. Ou, qui sait, de dénicher de l‘inédit : ceux qui écrivent  sur Venise continuent à se demander naïvement s’il leur serait possible de découvrir quelque chose d’inédit…

Mais les institutions veillent. Le Patriarcat de Venise, propriétaire d’une bonne part des églises fermées ou d’autres établissements dont Jean-Paul Kauffmann aurait aimé qu’ils soient plus hospitaliers. On peut ne plus avoir le pouvoir de redonner vie à ce qu’on possède, on en garde néanmoins les clés, jalousement.

Lacan disait : « Avec le catholicisme, on trouve toujours des arrangements ». On va voir si c’est le cas. Jean-Paul Kauffmann va devoir ruser. Lacan ajoutait : « On ne franchit jamais une porte qu’à sa taille. »

Bibliographie :

Venise à double tour, de Jean-Paul Kauffmann (Equateurs)

Venise triomphante, les horizons d'un mythe, de Elisabeth Crouzet-Pavan (Ablin Michel 2004)

Venise,  (Albin Michel 2015)

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