À ceux qui ne voyaient que les déterminismes économiques et sociaux, il répondait qu’il y avait aussi les hommes et les évènements et les pensées politiques - et qu’il fallait réaffirmer leur rôle. Il restaura la légitimité de l’histoire politique et, à bien des égards, la rénova.

René Rémond à Paris en 1993
René Rémond à Paris en 1993 © Getty / Raphael GAILLARDE

À ceux qui ne voyaient que les déterminismes économiques et sociaux, il répondait qu’il y avait aussi les hommes et les événements et les pensées politiques, et qu’il fallait réaffirmer leur rôle. Il restaura la légitimité de l’histoire politique et, à bien des égards, la rénova.

Son camp de base était à Sciences Po Paris. Mais il était toujours prêt à le quitter. Pour rejoindre les studios de télé les soirs de résultats électoraux. Mais aussi bien pour parler dans une réunion improbable d’un de ces mouvements d’action catholique auxquels il resta toujours fidèle. L’agenda de René Rémond n’était qu’un petit carnet qui tenait dans sa main mais n’importe qui d’autre aurait reculé devant les obligations qu’il y inscrivait.  Il est vrai que, lorsqu’il recevait un visiteur, il pouvait en même temps corriger des épreuves et regarder d’un œil l’écran de la télé. Vert homme qui serait centenaire aujourd’hui précisément faisait tout en même temps comme un gamin doué d’aujourd’hui.

Mince, sec, la silhouette énergique, il paraissait toujours d’humeur égale. C’est à peine si on lui connut quelques mouvements d’humeur : il fallait pour les provoquer le bagout de Georges Marchais ou la morgue de la ministre des Universités de Giscard, Alice Saunier-Seïté qu’il était presque tenté de surnommer Acide Saunier-Seïté.

Il s’étonnait qu’on pût dénier son talent de président virtuose. Il a en effet été président de tout. De l’Université de Nanterre à un moment de grand vent. De la Fondation nationale des Sciences politiques pendant six mandats, et à la fin aux côtés d’un capitaine décoiffant, Richard Descoings. Du Conseil supérieur des Archives, de l’Institut du Temps présent, du Centre catholique des Intellectuels français etc… Quand une situation devenait indémêlable, on faisait donner Rémond. L’Eglise quand elle fut embarrassée par l’affaire Touvier, un ancien milicien que nombre de ses membres avait protégé. L’Etat quand il ne savait que faire de la supposée découverte d’un fichier juif de l’Occupation. 

On attendait de lui qu’il redéfinisse la règle et provoque le consentement. Sa patience  l’aidait à identifier le point d’équilibre. Une fois qu’il l’avait trouvé, il dessinait un mince sourire. Comme dit Jean-Noël Jeanneney, « sa modestie affichée était mêlée d’une légitime satisfaction. Cela faisait une partie de son charme. »

Programmation musicale : La faute à Nanterre, Evariste.

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