"Il est mort de quoi ? Du sida. De quoi veux-tu qu’on meure aujourd’hui ?" C’est un dialogue de cinéma mais qui ramène à un temps enfoui, avant la généralisation des trithérapies.

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Logo d'AIDES © Getty / Peter Dazeley

C’est le cinéma qui réveille une mémoire commune que la société avait largement oubliée. Cette rentrée, Robin Campillo nous jette à la figure l’histoire d’Act up dans « 120 battements par minute ». Mais de chacune des associations de lutte contre le sida, on pourrait faire un film.

Dans l’ordre chronologique, ce furent en 83, Aides en 1984, Arcat Sida en 85, Act Up en 89. Il y en eut jusqu’à cent…

Toutes intervenaient dans une société de l’image. Act Up s’était fait une spécialité d’organiser des zaps – des actions- qui produisaient de l’effet devant les caméras. Mais Aides devait en passer par les demandes des journalistes paresseux : « Vous n’auriez pas un homo qui ne fasse pas pédé » ou « une femme séropositive ayant des enfants ». Comme naguère pendant les guerres civiles congolaises : « Y aurait-il une rescapée qui ait été violée et qui parle anglais ?»

Il fallait en passer par cette bataille de représentation. De jeunes hommes qui s’allongent sur le macadam parce qu’ils vont mourir, une corne de brume et, hop, ils se relèvent : le récit que donnait à voir Act Up était utile pour les autres combats.

Il fallait aussi accompagner les malades – Aides eut jusqu’à 3500 volontaires. Il fallait faire avancer la conversation avec un personnel médical qui n’était pas habitué à avoir devant lui des malades experts. Il fallait obtenir des avancées précises en matière de traitement et de droits…

Les distinctions entre associations sautaient aux yeux. Mais elles furent complémentaires et, au final, elles élargirent les droits de tous.

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