Deux ouvrages testamentaires de Zygmunt Bauman paraissent en français. L’un s’appelle « Les enfants de la société liquide ». Nous sommes nombreux en effet à utiliser son vocabulaire, souvent sans le savoir. Quand nous constatons la liquéfaction des institutions sociales, c’est du Bauman.

Zygmunt Bauman en 2007
Zygmunt Bauman en 2007 © Getty / Leonardo Cendamo

  Deux ouvrages testamentaires de Zygmunt Bauman paraissent en français. L’un s’appelle « Les enfants de la société liquide ». Nous sommes nombreux en effet à utiliser son vocabulaire, souvent sans le savoir. Quand nous constatons la liquéfaction des institutions sociales, c’est du Bauman. Quand nous ne savons plus où sont les pouvoirs mais que nous pouvons certifier qu’ils ne sont plus là où nous sommes, c’est du Bauman.

  Vieillard toujours aux aguets, il s’intéressait aux lieux les plus fréquentés du monde, les stades de foot. On pouvait l’interroger sur la téléréalité ou la multiplication des tatouages. Il observait alors que la présentation de soi était de plus en plus importante parce que l’incertitude grandissait : un emploi à la Silicon Valley dure huit mois en moyenne et le mariage ressemble de plus en plus à un CDD  - « sois flexible, je serai libre ». Sa veuve qui a son humour observe que mort en 2017, à 92 ans, il est entré dans une éternité elle aussi liquide.

 Bauman est devenu célèbre pour avoir formulé cette notion extensible de société liquide juste avant l’an 2000, au moment où s’étendait la numérisation. Mais il avait participé à d’autres mondes dont il gardait le souvenir. Juif polonais pendant la guerre. Grand professeur d’université à Leeds – Royaume-Uni. Lecteur de Weber, Gramsci, Arendt et de tout ce qui a compté en philosophie et en sociologie. Et de Camus aussi : « Il y a la beauté et il y a les humiliés ». Avant le Bauman 3, comme il disait plaisamment, on avait vu passer un  Bauman 1 et 2. L’histoire est une course de relais. Bauman refusait la nostalgie mais protestait quand la modernité liquide passait par-dessus bord les besoins et les pensées d’hier au prétexte que les informations d’aujourd’hui surabondent.

 Survol cavalier du parcours d’un homme qui s’est acharné à parler à plusieurs générations successives qu’il voulait tenir ensemble. En réalité, c’étaient même deux mondes qu’il voulait tenir ensemble. Le monde en ligne dont nous croyons qu’il nous appartient. Le monde hors ligne auquel nous continuons d’appartenir.  

Bibliographie :

La vie liquide de Zygmunt Bauman (Hachette Pluriel).

Les enfants de la société liquide de Zygmunt Bauman (Fayard).

Retrotopia de Zygmunt Bauman (Premier Parallèle).

Zygmunt Bauman. Les illusions perdues de la modernité de Pierre-Antoine Chardel (CNRS).

Chanson Britain's got talent de Susan Boyle.

Les invités
  • Pierre-Antoine ChardelPhilosophe, professeur de sciences sociales et d’éthique à l’Institut Mines-Télécom Business School
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