1948. Alexander, notre invité, quatre ans à l’époque, apporte triomphalement au salon un objet qu’il vient de découvrir dans une malle au grenier. Un casque noir, marqué de deux éclairs, le casque de Waffen SS de Frans, son père. C’est le premier pas, involontaire, qu'il fait sur le chemin de l'histoire de sa famille.

La marche de l'Histoire reçoit Alexander Munninghoff auteur de L'Héritier du nom
La marche de l'Histoire reçoit Alexander Munninghoff auteur de L'Héritier du nom © Getty / Hulton Deutsch

Le milieu des années trente… c'était la grande vie pour la famille Münninghoff. Erica dépensait sur la Côte d’Azur l’argent de Joan. Joan emmenait la tribu en croisière sur la Méditerranée. Cigares, champagne, robes du soir... 

La famille était difficile à identifier. Des richards venus d’un pays improbable. Joan, homme d’affaires néerlandais, avait installé ses bureaux à Riga, capitale de la petite Lettonie. Il importait et exportait autre choses que des douceurs, des armes sans doute. Son épouse était une comtesse russe. A Riga ou dans le grand domaine à la campagne, on parlait donc néerlandais, russe et letton. Mais allemand aussi. Le fils Frans qui portait si bien le smoking avait été attiré de suite par le nazisme, il se voyait déjà en uniforme SS.

1948. La Lettonie a été effacée de la carte par l’URSS. Joan et Erica sont revenus à La Haye, ils habitent une grande villa, avenue des Indes orientales. Les Indes orientales, d’ailleurs, n’existent plus non plus. Mais le fumoir de la villa est toujours fréquenté par des gens qui comptent. Un soir, Alexander, notre invité, quatre ans à l’époque, y apporte triomphalement un objet qu’il vient de découvrir dans une malle au grenier. Un casque noir, marqué de deux éclairs, le casque de Waffen SS de Frans, son père. 

Tous se regardent, consternés. C’est le premier pas, involontaire certes, qu’Alexander fait sur le chemin de l’histoire de sa famille. L’héritier du nom n’est pas au bout de ses surprises et de ses déconvenues. Qui est vraiment Joan, qu’il appelait Bon papa et qu’il va finir par appeler le Vieux ? Et Frans qui raconte le front de l’Est en buvant force genièvre, qu’y a-t-il fait vraiment? Et pourquoi l’équipe que l’enfant, un moment, avait formée avec sa mère contre les hommes de la famille s’est-elle brisée ?

Le récit qu’il a fait de son passé a obtenu un tel écho aux Pays-Bas qu’il s’en tire actuellement là-bas une série télé.

Programmation musicale : Sonate pour piano n° 6 en la, op. 82 de Sergei Prokoviev interprétée par Sviatoslav Richter

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