La mort de Maurice Audin c'était en juin 1957 ; le 11 juin des militaires pénétraient dans le HLM d’Alger où vivait la famille et Maurice devant Josette et leurs trois enfants. En septembre 2008, dans le modeste appartement de la veuve de Maurice Audin, se déroulait une scène exactement symétrique...

Josette Audin et son avocat à Paris en décembre 1957
Josette Audin et son avocat à Paris en décembre 1957 © Getty / Keystone-France

Rediffusion du 18 septembre 2018

C'était à Bagnolet, assise dans un grand fauteuil, que Josette Audin recevait Emmanuel Macron qu’on avait  installé plus bas dans un canapé. Le président s’était fait accompagner de son chef d’état-major à l’Elysée. Pierre, l’un des  trois enfants Audin, se tenait à leurs côtés, vigilant. Emmanuel Macron  avait auparavant rédigé une déclaration où il disait qu’ « en échouant à  prévenir et punir l’usage de la torture en Algérie, les gouvernements successifs avaient mis en péril la survie des hommes et des femmes dont se saisissaient les forces de l’ordre ». Le président avait annoncé aussi une dérogation générale ouvrant une libre consultation sur tous les fonds d’archives de l’Etat qui concernent ce sujet.

Pierre Mansat était aussi présent à Bagnolet. Il préside une Association Maurice Audin, lointaine descendante du premier Comité qui se constitua dès 1957. Si Audin n’a jamais été oublié, il le doit à sa famille évidemment, au Parti communiste qui en a fait le héros d’une  éternelle jeunesse mais aussi aux comités successifs qui lui ont  conféré un statut symbolique.

De nombreux mathématiciens, il était assistant de mathématiques à l'université, ont fréquenté ces comités : ils témoignent d’un milieu spécifique. Mais le premier rôle a été tenu  par des intellectuels et, au premier chef, des  universitaires peu dépendants des partis à moins qu’ils n’en aient constitué un à eux tout seuls : le parti de la morale. Les comités Audin n’ont pratiquement disposé que de l’écrit – le  texte écrit, la plainte déposée en justice. Ils ne purent jamais atteindre le plus vaste public à la différence des défenseurs de Dreyfus dont ils se voyaient les continuateurs. Mais ils ont maintenu la  flamme, permettant sans doute l’aboutissement qui est venu encore plus tard que pour Dreyfus : au bout de ­soixante et un an… Peu de temps après Josette Audin s'est éteinte.

Site de l'Association Maurice Audin

    Bibliographie :

  • La saga des intellectuels français (2 volumes) écrit par François Dosse (Editions Gallimard)
  • L'affaire Audin écrit par Pierre Vidal-Naquet (Editions de Minuit)
  • Mémoires. La brisure et l'attente (1930-1955) écrit par Pierre Vidal-Naquet (Points)
  • La Question écrit par Henri Alleg (Editions de Minuit)
  • La vérité sur la mort de Maurice Audin écrit par Jean-Charles Deniau (Editions des Equateurs)
  • Une vie brève écrit par Michèle Audin (Gallimard)
Les invités
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.