Il s’appelait Hanna Dyab et il venait d’Alep, alors au cœur de l’espace ottoman, l’une des plus brillantes échelles du Levant. Il fut en 1709 l’un des informateurs d’Antoine Galland qui, à Paris, collationnait et traduisait les contes des Mille et une nuits. C’était en 1709. Hanna, depuis deux ans, avait quitté sa ville et accompagnait un nommé Paul Lucas, l’un de ces hommes de l’entre-deux qui faisait commerce d’un peu tout entre l’Orient et l’Occident.

Il y avait de l’Aladin chez Hanna. C’était un conteur-né : à Alep, dans la fraicheur des jardins le soir, on aimait à l’époque se confier toutes sortes d’histoires parvenues en ville par les routes et les caravanes.

On imagine qu’Hanna, de retour au pays, narra maintes fois les aventures qu’il avait vécues le long de la Méditerranée -et jusqu’à Paris et Versailles, où il avait vu le « sultan de France ». Les rigueurs de l’hiver 1709 devaient retenir particulièrement l’attention. « Un matin, disait-il, rien qu’en sortant de ma chambre, je fus gelé sur place au point que mes moustaches en tombèrent du visage. » Mais comment les Alépins pouvaient-ils se représenter les souffrances des parisiens ?

Dès 1710, Hanna avait rejoint le grand souk du textile. Un demi-siècle plus tard, il se décida à consigner par écrit son récit. C’est un document unique. Il ne provient pas d’un professionnel de la diplomatie, comme la fameuse relation de Mahmud Efendi, envoyé de la Sublime Porte en France en 1720-1721. Il émane d’un « homme ordinaire », qui, de par son métier, connaît plusieurs langues mais ne cherche ni l’effet littéraire ni la vérification érudite. Voici, sur notre compte, le témoignage d’un syrien qui, libre de ses mouvements, a le temps d’être curieux de tout.

Vue d'Alep - Gravure de Willamam Strahan - 1754
Vue d'Alep - Gravure de Willamam Strahan - 1754 © domaine public
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