Famadihana : le mot est intraduisible. Retournement des morts dans leurs tombeaux, exhumations, réenveloppement des squelettes dans leurs lambas, les pagnes-linceuls, réinhumation enfin. Et souvent, répétition, quelques années plus tard, du même rituel si les familles en prennent l’initiative.

Rituel du Famadihana (retournement des morts) à Madagascar en 1987
Rituel du Famadihana (retournement des morts) à Madagascar en 1987 © Getty / Lily FRANEY

A Madagascar, la colonisation n’a jamais réussi à faire fléchir complètement le système des croyances indigènes. Davantage : les étrangers sont comme fascinés par les rituels qui se pratiquent toujours dans la Grande Ile, notamment autour des morts au long des années qui suivent leurs premières funérailles.

On parle de famadihana. Le mot est intraduisible. Retournement des morts dans leurs tombeaux, exhumations, réenveloppement des squelettes dans leurs lambas, les pagnes-linceuls, réinhumation enfin. Et souvent, répétition, quelques années plus tard, du même rituel si les familles en prennent l’initiative.

Les destins du mot famadihana, projeté hors de l’île, rebondissant jusque chez les psychanalystes, ont été inattendus. Pareillement, les variations des rituels. Mais demeurent quelques fondamentaux.

D’abord l’idée que le premier groupe avec lequel doivent contracter les vivants, ce sont les morts. Ensuite, s’il y a des groupes ou des personnes privés d’ancêtres, ils peuvent faire advenir leurs morts jusqu’à ce rang. Enfin, c’est de leur vivant même que les personnes doivent entretenir le désir de devenir des ancêtres. Les enfants eux-mêmes sont entraînés par cette aspiration. C’est par le tombeau qu’ils prouvent qu’ils fabriquent du futur.

Et c’est dans la joie, la musique, les libations que se reproduit le famadihana. Autant les premières funérailles sont tristes, autant les secondes et celles qui peuvent suivre se déroulent dans un climat de fête. Fabriquer des ancêtres, c’est une affaire joyeuse.

Programmation musicale : Jaojaby Somaiko Somainao (2001)

Marovany / Valiha (cithare malgache) Musique de cour de Madagascar (1985)

Remerciement à Marie-Dominique Rasoarimanana

Exposition Madagascar - Arts de la Grande Île au Musée du quai Branly - Jacques Chirac à Paris jusqu’au 1er janvier 2019 

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