Aung San Suu Kyi, bien que Nobel de la Paix, fidèle auditrice de la BBC et fervente pratiquante de la méditation, n’est pas nécessairement sensible au sort des citoyens de deuxième et troisième ordre car c’est ainsi qu’ils sont classés dans le pays.

Aung San Suu Kyi est conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence de la République de l'Union de Birmanie
Aung San Suu Kyi est conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence de la République de l'Union de Birmanie © AFP / Fred Dufour

Le général Aung San est considéré comme le père de l’indépendance de la Birmanie. Ses camarades et lui, après s’être appuyés sur les Japonais pendant la Seconde guerre mondiale, s’en étaient détachés à temps pour devenir les interlocuteurs des Britanniques qui leur accordèrent non seulement l’indépendance mais la sortie du Commonwealth.

La puissance coloniale ainsi écartée, laissait un pays écartelé. Elle avait démantelé au XIXème la vieille structure monarchique traditionnelle qui avait incarné tant bien que mal une unité problématique entre  les régions lointaines, traversées d’innombrables fractures ethniques, et le vaste bassin fluvial de l’Irrawady, l’immense serpent liquide couleur d’étain dont parlait Kessel. La Grande Bretagne, en même temps qu’elle  introduisait beaucoup d’indiens, avait évidemment joué des minorités.  On voulut croire ensuite que les pionniers de l’indépendance allaient trouver une formule fédérative, quelque chose qui, en Asie,  aurait ressemblé à la Yougoslavie. Il n’en fut rien.

L’armée finit par prendre le pouvoir.  Face aux groupes armés par les minorités qui avaient surgi de toutes parts, elle prétendait incarner l’unité. Elle fabriqua l’isolement : l’enseignement des langues étrangères fut quasi interdit, les indiens, les chinois chassés par centaines de milliers.

L’autre principe unificateur, ce fut le bouddhisme. Les Birmans des régions centrales, les deux tiers de la population, sont bouddhistes. Le bouddhisme est religion d’état depuis 1958. 

La revendication démocratique qui monte depuis trente ans ne peut se concevoir hors de ces cadres qui sont maintenant profondément intériorisés. C’est ainsi : Aung San Suu Kyi, bien que Nobel de la Paix,  fidèle auditrice de la BBC et fervente pratiquante de la méditation,  n’est pas nécessairement sensible au sort des citoyens de deuxième et troisième ordre car c’est ainsi qu’ils sont classés dans le pays. Sans parler des Rohingya, ces musulmans qui ne sont que des étrangers.

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