Les vagues de répression des « ennemis du peuple » reviennent, régulières, récurrentes, en Chine communiste. En 1957, pendant la parenthèse enchantée des Cent Fleurs, ils avaient cru pouvoir s’exprimer et ils avaient aussitôt été persécutés comme « droitiers ».

Ouvrières dans une imprimerie de Pékin fabriquant le Petit Livre Rouge en 1968
Ouvrières dans une imprimerie de Pékin fabriquant le Petit Livre Rouge en 1968 © Getty / Apic

Pour Lin Zhao, jeune étudiante enthousiaste  qui avait jadis espéré son entrée au Parti, l’accès en est définitivement barré. 

Quand on parle d’elle,  il faut toujours  s’exprimer à la façon de la poésie classique  chinoise. « Viendra le temps de chevaucher la mer et de fendre les flots. Me voilà comme hissée pour traverser la mer déchaînée. »  Lin Zhao sait que son destin est l’écriture, certainement, et le sacrifice probablement puisqu’elle refuse l’autocritique.  Elle est arrêtée en 1960, à trente ans à peine. Le jour de la fête du Travail 1968, un policier se présente au domicile de sa mère : elle a été exécutée, sa famille doit payer les cinq centimes de la balle qui a été nécessaire. Elle aura été l’une des nombreuses victimes de la révolution culturelle (car il y a eu quelques 3000 personnes tuées à Pékin à l'été 1966)

Lin Zhao n’a pas réhabilitée mais le Parti a révisé sa condamnation comme pour tous les droitiers. La sûreté publique a rendu à la famille certains des textes qu’elle n’a cessé de rédiger depuis sa prison, parfois avec son sang - l’équivalent de 380 pages dactylographiées. «  De mon feuillet s’écoulent des gouttes, je ne sais ce dont il s’agit/Marques de sang, traces de larmes se mélangent »

Hors du petit groupe des proches, une des premières à enquêter sur elle sera la fondatrice des Mères de Tiananmen.

En 2004, un réalisateur sort un film qui lui est consacré et qui aura un grand écho parmi les milieux intellectuels. Pour le mener à bien, Hiu Je a perdu son travail mais il a beaucoup contribué à rassembler un corpus de textes de plus en plus important dont l’édition est faite, à mesure, sur le net.

Lin Zhao se voyait comme un jade brisé, un œuf cherchant à briser une pierre. Elle est devenue une figure essentielle de la dissidence chinoise. Ses cendres ont été enfin enterrées. Quatre caméras fixées sur des troncs d’arbre surveillent sa tombe.

Bibliographie :

Lin Zhao. "Combattante de la liberté" de Anne Kerlan (Fayard).

Hollywood à Shanghai. L'épopée des studios Lianhua, 1930-1948 de Anne Kerlan (PU Rennes).

Poèmes sans paroles : Chroniques des peintres chinois en deçà du fleuve bleu de Anne Kerlan (Hazan).

La Chine sous contrôle de François Bougon (Seuil).

Tiananmen 1989-2019 - Hommages et récits de Vincent Hein et Collectif (Phebus).

La Chine et la démocratie, sous la direction de de Mireille Delmas-Marty , Pierre-Etienne Will (Fayard).

Musique Les reflets de la lune dans la source.

Documentaire A la recherche de l'âme de Lin Zhao de Hu Jie, 2004.

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