En ce début juin 1940, la situation militaire n'était pas loin de s'avérer désespérée. Le 6, en recomposant dans l'urgence son gouvernement, Reynaud entendait lui donner du lustre, de l'unité et du muscle. Mais n'était-ce pas trop tard ?

Le gouvernement de Paul Reynaud à Bordeaux en juin 1940
Le gouvernement de Paul Reynaud à Bordeaux en juin 1940 © Getty / Keystone-France

Série "La tragédie de juin 40"

Paul Reynaud est le chef du gouvernement depuis le 22 mars. Son prédécesseur, le radical-socialiste Edouard Daladier était un personnage de théâtre de vaudeville égaré dans un drame shakespearien. Surnommé le Taureau du Vaucluse parce qu'il était l'élu de Carpentras, il s'était avéré qu'il n'avait que des cornes d'escargot. Reynaud, que L'Action française traitait de Tom Pouce, entendait bien devenir, lui, le Clemenceau de la nouvelle guerre.

Mais début juin, la situation militaire n'était pas loin de s'avérer désespérée. Un officier, replié avec son régiment défait au Mans, avait envoyé au président du Conseil une carte postale qui marqua beaucoup Reynaud. L'officier lui annonçait son suicide mais il tenait à dire que ses hommes n'avaient pas manqué de courage, c'étaient, ajoutait-il, les dirigeants politiques qui avaient manqué de détermination.

Le 6 juin, en recomposant dans l'urgence son gouvernement, Reynaud entendait lui donner du lustre, de l'unité et du muscle.

Le lustre ? Le maréchal Pétain était rappelé d'Espagne où il exerçait les fonctions d'ambassadeur auprès de Franco, Reynaud ne comptait pas donner de consistance à son titre de vice-président du Conseil mais il n'imaginait pas que Pétain allait devenir le centre d'intrigues cruciales.

L'unité ? Daladier, son prédécesseur, était éloigné comme de Monzie ou Sarraut. Mais le "parti de la paix" - parce qu'il y en avait un, de plus en plus important -  restait présent dans le cabinet avec Bouthillier ou Baudoin qu'on retrouvera plus tard aux premiers rangs du régime de Vichy.

Le muscle ? Là, Reynaud avait visé juste. Mandel était le ministre de l'Intérieur à poigne qu'il fallait et rue Saint Dominique, arrivait le général de Gaulle au poste de sous-secrétaire d'Etat. Celui qu'on appelait le "colonel Motors" était depuis longtemps le conseiller militaire de Reynaud.

Mais n'était-ce pas trop tard ? "Trop tard", c'est l'autre nom de la défaite. 

Bibliographie :

  • Les Français de l'an 40 de Jean-Louis Cremieux-Brilhac (Gallimard).
  • Les Français au quotidien 1939-1949 de Gilles Gauvin et Bénédicte Vergez-Chaignon (Perrin-Tempus).
  • Une juvénile fureur  - Bonnier de la Chapelle, l'assassin de l'amiral Darlan Bénédicte Vergez-Chaignon (Perrin)
  • Pétain Bénédicte Vergez-Chaignon (Perrin)
  • De Munich à Dantzig  - Journal (30 août 1938-18 août 1939) de Général de Villelume (PUPS)
  • Journal - 1939-1940 Roland de Margerie (Grasset)
  • Il y a quarante ans, l'an 40 de Dominique Leca (Livre de Poche)
  • Le drame de 1940 de Général Beaufre (Plon)

Exposition Comme en 40, du 17 septembre 2020 au 10 janvier 2021 au Musée de l'Armée à Paris. Cette exposition a pour ambition de mettre en lumière l’ensemble de la situation française, tant des points de vue militaires, politique, stratégique, économique, qu’idéologique, sociaux et culturels. Elle sera divisée en deux grandes parties, la France en guerre, ainsi que la  défaite française et la poursuite des combats par la France libre et la résistance.

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