Résistant à l'occupation française, prisonnier, libéré par Louis-Napoléon Bonaparte, sauveur de chrétiens à Damas : l’idée que la France s’est faite d’Abd el-Kader a souvent varié.

L'émir Abd el-Kader en 1852
L'émir Abd el-Kader en 1852 © AFP / -

Quand, au printemps 1848, Abd el-Kader est transféré d’un fort de Toulon au château de Pau, le « Journal de Toulouse », sur son passage observe « un mulâtre à face cruelle ». Quand, quelques mois plus tard, la Seconde République l’installe à Amboise, l’accueil de la population est bien plus favorable. Encore quelque temps et la France se targuera de lui offrir une hospitalité chaleureuse alors qu’elle le tient en captivité.

Beaucoup d’officiers, ceux qui avaient lutté contre lui entre 1832 et 1847, les "africains", avaient manifesté de l’estime pour l’adversaire intelligent et énergique qu’il avait été. C’était d’ailleurs l’un d’eux, le duc d’Aumale qui, en 1847, lui avait promis un sauf-conduit pour gagner le Levant quand, militairement perdu, il lui avait confié son sort. Mais, concernant les affaires d’Algérie, les journalistes et les parlementaires étaient divisés. Quand il avait été sous les armes, l’Emir avait tiré parti des fractures de l’opinion française. Prisonnier, il en pâtit. Beaucoup de Français ont alors du mal à croire au serment qu’il a fait au duc d’Aumale de ne plus s’occuper de l’Algérie.

Et la reconnaissance française

La méfiance tombera peu à peu. À Louis-Napoléon Bonaparte, élu président en décembre 1848, l’Emir inspire même la confiance. Après son coup d’état, devenu Prince-Président, il le libère, en 1852. Il lui aurait volontiers confié un rôle plus politique mais Abd El-Kader, ainsi qu’il l’avait annoncé, était vraiment descendu du pouvoir, il s’en était lavé à l’eau et au savon. Sans doute avait-il accepté le mystère de son destin ; il était passé de l’autre côté, celui de la prière et de l’enseignement spirituel.

Retiré à Damas où il vivra encore près de trente ans, l’ex-Emir s’attirera même, en 1860, la reconnaissance de la France : au beau milieu d’une émeute anti-chrétienne, il empêchera le massacre de milliers de personnes, par sa présence et sa parole. Puissance de la croyance sans armes.

Programmation musicale : "Abd el Kader", de Gesky (album : Au temps des colonies).

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