Au cœur de la pensée de Tocqueville, il y a cette conviction, nourrie de son expérience des États-Unis : la liberté est plus efficace que les actes d'autorités décidés d'en haut.

Détail d'un portrait d'Alexis Tocqueville
Détail d'un portrait d'Alexis Tocqueville © Corbis / de Théodore Chassériau, Heritage Images

C’était il y a bien longtemps, Valery Giscard d’Estaing imaginait que deux Français sur trois pourraient devenir de vrais libéraux habités par l’esprit de mesure et le respect des autres. En 1848, quand Alexis de Tocqueville se soumit aux premières élections au suffrage universel – masculin, et qu’il fut élu, il avait lui aussi pensé qu’avec un peu de temps, beaucoup d’éducation et des influences sociales bénéfiques, les individus pourraient être conduits à faire un bon usage de leur liberté.

tels qu’il les a vus en 1830 : la liberté, en répandant son énergie dans tout le corps social s’avère bien plus efficace que les actes d’autorité décidés d’en haut.

Mais l’expérience politique personnelle de Tocqueville a contredit cette vision optimiste : député de 1839 à 1851, il a vu la vie parlementaire se rabougrir puis être interrompue par le coup d’état du 2 décembre. Ce qui se vit assez naturellement aux États-Unis ou en Angleterre n’est pas transposable à notre pays marqué par une longue tradition de despotisme centralisateur qu’il analyse dans son dernier chef-d’œuvre, L’ Ancien régime et la Révolution.

Tocqueville a fait l’expérience de la mélancolie démocratique. En même temps qu’il en appelle à l’initiative individuelle, il redoute que le mouvement vers l’égalisation, dans lequel nous sommes tous entraînés, nous enferme dans la médiocrité, à l’ombre de la tyrannie douce des majorités consentantes.

On comprend pourquoi il a été si souvent mis sous le boisseau. Au temps des hautes eaux de la gauche unie comme aujourd’hui, au temps de la marée réactionnaire.

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