Karol Modzelewski, historien, savait le poids du conformisme par lequel les Polonais s’accommodent du gouvernement actuel comme ils ont pu s’accommoder du faux socialisme du parti communiste...

Meeting des membres du Comité National de Solinarnosc à Gdansk en décembre 1980
Meeting des membres du Comité National de Solinarnosc à Gdansk en décembre 1980 © Getty / Marc BULKA

Rediffusion du 19/10/2018

Karol Modzelewski savait depuis longtemps que l'autoritarisme avait pris le pouvoir en Pologne avec le parti de Kaczynski. Les politologues appellent cela le populisme, d’un mot qui sent le mépris mondain pour le peuple.

Karol Mozdzelewski était historien. Les règles du métier lui ont appris à se garder de la dénonciation d’un bouc émissaire. Il sait aussi le poids du conformisme. Par conformisme, les Polonais s’accommodent du gouvernement actuel comme ils ont pu s’accommoder du faux socialisme du  parti communiste. C’est aussi le conformisme qui, en 1990, a amené les  premiers dirigeants post-communistes à acheter la valeur en hausse à ce moment-là : le langage du marché et de la concurrence internationale, le  libéralisme économique à tout va qui a emporté les grandes usines polonaises, à commencer par les chantiers de Gdansk, berceau de Solidarnosc.

En réalité, remarque Modzelewski, Solidarnosc n’a connu qu’un temps enthousiasmant. Celui de 1980 où le syndicat incarnait le mythe d’égalité et de communauté nationale auquel il avait toujours rêvé. Le coup d’état de Jaruzelski en décembre 1981 et la loi martiale ont coupé le cours de cette utopie  avant qu’elle ne devienne histoire. La seconde Solidarnosc qui renaît  ensuite est très différente. Sa victoire fut celle de la liberté mais  sans la fraternité d’avant.

Après 1989, Karol Modzelewski, un moment sénateur, a été certes un participant de plus en plus critique des premières années du pouvoir post communiste.  Ses Mémoires, parues à l'automne 2018 en France, se présentent comme celles d’un cavalier usé d’avoir trop galopé. Son ami Jacek Kuron notait pourtant qu’au début de  sa première période de prison en 1965 – il en connut trois, soit huit ans  et demi - il chantait quand on le sortait de cellule : « Un jour dans  un lointain futur/ Un clairon inconnu de tous/ Reprendra ta chanson. » 

Bibliographie 

  • Nous avons fait galoper l'histoire - Confessions d'un cavalier usé écrit par Karol Modzelewski (Maison des Sciences de l'Homme)
  • La Foi et la faute écrit par Jacek Kuron (Fayard)
  • La Potence et la pitié. L'Europe des pauvres, du Moyen Âge à nos jours écrit par Bronislaw Geremek (Fayard)
  • La Pologne écrit par François Bafoil (Fayard)

Filmographie

  • L'homme de fer réalisé par Andrzej Wajda (Films sans Frontières)
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