L’armée des ombres est sorti au début de 1969, juste avant le départ du général de Gaulle. C’est, peut-être, le dernier film sur la question tourné par un contemporain, mieux : un acteur, de l’époque. C’est tout sauf un chant patriotique : c’est un crescendo tragique.

Scène du film "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville
Scène du film "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville © Getty / Sunset Boulevard

Nous sommes en 1942.  Gerbier - Lino Ventura dans le film - est interné  dans un camp. Il ne cessera d’être menacé, arrêté, de s’évader, de rejoindre Londres, d’en revenir.

Le commandant du camp – Alain Mottet – est bien embarrassé par ce personnage insaisissable.  A mater ? A ménager ? se demande-t-il.

Comment connaître, percer ces êtres en marge qui vivent dans l’intensité de la Résistance ? Résistance ? Un mot qui, dans le film, n’est utilisé qu’une fois par Melville, qui pourtant y a participé, comme à la France libre. Mais, dans cette période, toutes les catégories  sont court-circuitées;  on ne perçoit plus que des ombres portées sur la paroi,  on croit que c’est la réalité mais de quoi peut-on être sûr ?

A la fin du film, les soldats allemands eux-mêmes deviennent des ombres qui se dessinent sur un mur tandis qu’ils mènent au peloton les prisonniers. Tous les résistants sont en effet destinés à mourir, un à un, tués par l’ennemi mais aussi plus d’une fois par leurs compagnons.

Jean-Pierre Melville avait pu rejoindre Londres en 1943 mais il avait un frère qu’un passeur avait exécuté dans les Pyrénées en novembre 1942. Quand le passeur s’était retrouvé aux assises, Melville avait refusé de venir l’y accabler. Le passeur soutenait que le frère, blessé, menaçait  l’existence de tout un groupe, de tout un réseau s’il n’était pas sacrifié. C’est, dans le film, la question qui se posait autour de la femme la plus pure du groupe, Mathilde – Simone Signoret - dont  le sort allait être scellé par le plus pur  du groupe – Saint Luc, Paul Meurisse.

L’armée des ombres est sorti au début de 1969, juste avant le départ du général de Gaulle. C’est, peut-être, le dernier film sur la question tourné par  un contemporain, mieux : un acteur, de l’époque. C’est tout sauf un chant patriotique : c’est un crescendo tragique.

Bibliographie :

L'historien et le film de Vincent Guigueno et Christian Delage (Gallimard).

Le choix des X. L'Ecole polytechnique et les polytechniciens, 1939-1945 de Vincent Guigueno, Marc-Olivier Baruch, Collectif (Fayard).

Jean-Pierre Melville : de l'oeuvre à l'Homme de Denitza Bantcheva (Revif).

L'armée des ombres de Joseph Kessel (Pocket).

Jean-Pierre Melville, une vie de Antoine de Baecque (Seuil).

Films L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville et Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré.

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