Emilienne Mukansoro dit que la vie fut longtemps tranquille pour sa famille au Rwanda. Au début de 1994, elle enseignait, était mariée et avait deux filles. Les ténèbres tombèrent en avril 1994. Elle vécut ces mois terrée dans les herbes...

Séance de thérapie collective à Kayumbu en 2017 pour les survivants et les auteurs du génocide de 1994 au Rwanda
Séance de thérapie collective à Kayumbu en 2017 pour les survivants et les auteurs du génocide de 1994 au Rwanda © Getty / William Campbell

► Rediffusion du 24/05/2019

Notre invitée d’aujourd’hui rappelle, à raison, une année-clé, qui a annoncé le génocide de 1994 : en 1973-1974, eurent déjà lieu des  massacres terribles qui se firent écho du Burundi voisin au Rwanda. À d’autres dates antérieures avaient déjà retenti des signaux d’alarme :  1959, 1964… En fait, dès avant l’indépendance de 1962, avait été mise en place une politique délibérément ethniciste dont la responsabilité incombe largement à l’Eglise catholique, toute puissante au Rwanda. Le souci, légitime, était de promouvoir la majorité des habitants mais il se trouvait que celle-ci était composée de hutus qu’on commença à opposer aux tutsi - une minorité accusée de cumuler les privilèges quand elle ne préparait pas au communisme. Leur apparence physique leur était particulièrement reprochée : il était dit d’eux qu’ils étaient trop  grands, trop élancés, trop beaux – comme on disait des juifs d’Europe  qu’ils étaient laids.

Emilienne Mukansoro dit néanmoins que la vie fut longtemps tranquille pour sa famille. Au début de 1994, elle enseignait, était mariée et  avait deux filles.

Les ténèbres tombèrent en avril 1994 et durèrent jusqu’à la fin de juillet. C’était il y a vingt-cinq ans. Ce n’est pas une douleur d’il y a vingt-cinq ans, c’est une douleur de vingt-cinq ans.

Emilienne Mukansoro vécut ces mois terrée dans les herbes. Quand elle en sortit, il ne restait de sa famille que ses deux petites sœurs, son mari, ses filles. Comment dire adieu à tant de personnes en même temps ? Et pas un corps à enterrer.

Les survivants ne revivent pas s’ils restent seuls. Surtout dans un pays où la famille est si importante qu’on peut difficilement concevoir une veuve, un orphelin laissés à eux-mêmes.

Le pays des Mille Collines n’avait pas de psychiatres. Progressivement, Emilienne Mukansoro est devenue thérapeute. D’abord dans une pièce où elle recevait sur deux chaises placées côte à côte ou même sur une natte. Puis elle a fait naître des groupes de parole, sur le modèle défini par Nassan Munyadamutsa. Elle poursuit maintenant un travail dédié exclusivement aux femmes victimes de violences sexuelles. Elle chiffre le nombre des morts du génocide à un million – en cent jours ! Et elle estime celui des viols entre 200 et 500 000.

Bibliographie

Les invités
  • Emilienne MukansoroRescapée du génocide des Tutsi du Rwanda, thérapeute spécialiste des violences sexuelles
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