"Gwenn ha du" au Stade de France avant la finale de la Coupe de France de football 2009
"Gwenn ha du" au Stade de France avant la finale de la Coupe de France de football 2009 © cc

Ce samedi a été un beau moment sinon de foot mais de construction du commun. Le Stade de France était comme une cité charnelle, où vibrait le sentiment breton et ce dans une enceinte républicaine et dans la vieille ville royale de Saint-Denis.

En plus c'est le petit qui a gagné. Les Français adorent Poulidor et Astérix. La ville paysanne face à Rennes la métropole, l'irréductible face à la plus riche...

C'est une belle histoire et une région a besoin d'histoires pour s'inventer. L'épopée du football breton pourrait se comparer à celle du cyclisme. Et même, au risque de heurter les puristes, à celle du romantisme : au XIXème, le Barzaz-Breiz créait pareillement une personnalité bretonne - la loyauté, la fidélité aux anciens temps et Chateaubriand un paysage breton - le granit, l'horizon noyé de pluie...Mais c'était à l'usage des élites.

Tant de Bretagnes sont mortes. Celle des années 1970 a été très brillante : grâce à la musique, à un modèle économique et politique particuliers. C'est de cette époque que date l'envol d'En avant Guingamp. Une autre encore doit naître aujourd'hui qu'un joueur-emblème du stade du Roudourou, Christophe Kerbrat, a défini parfaitement. Observant ses co-équipiers venus d'ailleurs, il a eu cette formule "Certains mériteraient d'être bretons plus que moi".

Une région, c'est un projet davantage qu'une origine.

Etre breton ? de Jean-Michel Boulanger, éditions Palantines, 2013

Etre breton ?
Etre breton ? © Palantines

Les Bretons d'aujourd'hui se sentent et se disent Bretons. Avec fierté parfois. Avec plaisir si souvent. Les Gwenn ha Du flottent aux vents, aux quatre coins du monde. Nulle fermeture dans ces sentiments identitaires, nul communautarisme. Non, une passion simple s'exprime, un désir de Bretagne. C'est à la question complexe des sentiments d'appartenance, de leurs origines et de leurs développements, que Jean-Michel Le Boulanger tente d'apporter réponse à partir de l'exemple breton.

Dans une première partie, il raconte "l'invention de la France" et comment la France, d'Etat est devenue patrie. Dans une deuxième partie, il développe comment les Bretons ont appris à se dire, puis à s'affirmer Bretons. Et comment leur identité, bafouée, méprisée, a été peu à peu revendiquée avant d'être aujourd'hui tranquillement affichée. Au XXIe siècle, siècle du mouvement et de la rencontre avec les autres cultures, des identités composites se tissent.

Les Bretons sont de leur ville ou de leur village, ils sont Bretons, Français, Européens, citoyens du monde. C'est le temps des identités plurielles. Et c'est le sujet de la troisième partie du livre. Cette diversité est une richesse et il est regrettable que la France ait tant de mal à l'admettre. Ces jacobins qui s'accrochent à une idée dépassée de l'Etat-Nation, qui refusent la République des territoires, ne deviennent-ils pas les ploucs de notre temps, en retard sur toutes les évolutions contemporaines ?

  • Dictionnaire d'histoire de Bretagne de Jean-Christophe Cassard, Alain Croix, Jean-René Le Quéau, Jean-Yves Veillard / Collectif, éditions Skol Vreizh, 2008

  • Dictionnaire du patrimoine breton de Alain Croix, Jean-Yves Veillard / Collectif, PU Rennes, 2013

  • Le Barzaz-Breiz : une fiction pour s'inventer de Nelly Blanchard, PU Rennes, 2006

  • Mémoires d'un paysan bas-breton de Jean-Marie Déguignet, Editions Pocket, 2003

  • Comment peut-on être breton ? Essai sur la démocratie française de Morvan Lebesque, éditions Seuil, 2001
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