Bazar de la charité, 4 mai 1897 : en un instant, 130 morts. Et c’est ainsi qu’allait griller ce que Paul Morand nommait « la société ».

Incendie à Paris au XIXe siècle - tableau anonyme conservé au Musée Carnavalet
Incendie à Paris au XIXe siècle - tableau anonyme conservé au Musée Carnavalet © Getty / Photo 12

Paul Morand écrira plus tard un texte d’anthologie sur l’incendie. Le quartier qu’il habitait, à deux pas seulement des Champs, était alors l’apanage du catholicisme le plus intransigeant. Rue Bayard, les Pères assomptionnistes de la Bonne Presse campaient dans une vaste forteresse, avec sa réserve d’eau douce et son four à pain, prêts à soutenir les sièges des colonnes infernales – « La Croix, « le journal le plus antisémite de France », disait-elle, menait le combat contre les dreyfusards. L’immeuble des assomptionnistes surplombait un terrain non bâti qui ouvrait sur la rue Jean Goujon.

Un édifice de planches de bois y avait été édifié sans beaucoup de précautions : il abritait toutes sortes de manifestation pieuses vers lesquelles se dirigeait une fourmilière d’ecclésiastiques, de dames d’œuvre, de collégiens. Y étaient particulièrement goûtés les tableaux vivants qui représentaient pendant le temps de la Passion les stations du calvaire du Christ.

Et quand venait le printemps, c’était le tant attendu Bazar de la Charité qui s’installait là

Bazar de la Charité ? Infernale association de mots inconciliables, éructait l’écrivain Léon Bloy. On prêtait généralement peu d’attention à Bloy. C’était un catholique mais du genre pétroleur : « Un Dieu ni maître ». Il écrivait d’une lointaine banlieue pauvre, qu’il appelait Cochons-sur-Marne. Le Bazar, pour lui, c’était, sous prétexte de vendre des falbalas au profit des peigne-culs, un simple pince-cul aristocratique. Et, en effet, le comité de patronage en était présidé par la duchesse d’Alençon, fiancée autrefois de Louis II de Bavière et entrée dans la famille d’Orléans. Les stands étaient tenus par des dames de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Il n’y a pas que les orphelines à y venir. Tous les krachs de la galanterie y guettent les jeunes personnes qui entrent dans le monde.

Le feu a été déchaîné

Alors, conclut Léon Bloy, le mécontentement de Dieu fut tel qu’« immédiatement le feu a été déchaîné ». En un instant, 130 morts - essentiellement des personnes du sexe faible, comme on disait alors. Et c’est ainsi qu’allait griller ce que Morand nommait « la société ».

Programmation musicale : "Pavane pour une infante défunte", de Maurice Ravel, interprété par Bertrand Chamayou (2016)

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