Le carnaval de Dunkerque excède les normes contemporaines que nous avons laissés nous brider quotidiennement. Il témoigne des jours gras de naguère qui permettaient de se rire des pouvoirs, de dénoncer leur imposture, d’inverser les rôles.

Carnaval de Dunkerque en 2007
Carnaval de Dunkerque en 2007 © Getty / Claude WAEGHEMACKER

Pourtant, dans bien des villes, la culture populaire a été émasculée et carnaval, d’exutoire jubilatoire, est devenu un instrument de promotion touristique et économique, quand il ne sert pas, comme à Nice, de laboratoire aux nouvelles techniques de reconnaissance policière.

Dunkerque, comme Douarnenez d’ailleurs à l’autre bout de la France, fait exception. Bien sûr, la municipalité s’y est investie, elle a relancé le carnaval plus d’une fois, au début du XXème ou au lendemain de la longue catastrophe de 1940-1945. Mais c’est des participants que jaillit la sève de carnaval. C’est eux qui font les bandes et ouvrent les chapelles, qui tiennent les bals, reprennent et inventent les chansons.

En fait, la singularité du carnaval de Dunkerque repose largement sur son caractère maritime. A l’origine, la fête était destinée aux gens de mer qui allaient embarquer pour une longue saison de pêche en Islande : les armateurs leur offraient un banquet mais surtout eux-mêmes organisaient à leur guise les jours qui précédaient la dure vie à bord. Que l’embarquement coïncide avec le début du carême démultipliait leur énergie les jours précédents.

Quand le mardi gras s’achèvera, les dunkerquois entonneront à genoux l’hymne à Jean Bart. Et ils se tiendront la main. La communion au personnage du corsaire dit tout . Sous Louis XIV, Jean Bart avait assuré le ravitaillement de la ville ; en 1945, sa statue tenait encore debout au milieu des ruines. Le carnaval a un sens : il veut signifier que les dunkerquois solidaires sont de solides gaillards capables de traverser les épreuves.

Bibliographie :

Jean Denise, Carnaval dunkerquois, chez Westhoek ed.

Alain Cabantous, Histoire de Dunkerque, chez Privat

Jacques Duquesnes, Les vents du Nord m'ont dit, chez Albin Michel

Jean-Michel de Boulanger, Douarnenez de 1800 à nos jours, chez Presse universitaire de Rennes 

Programmation musicale :

"putain d'Islande"

"mets les Prouts ou j'tue le chien"

Les invités
  • Olivier RyckebuschHistorien, membre de la société dunkerquoise d'histoire et d'archéologie
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