Pour cette première étape de notre chemin de mémoire, nous sommes dans le Perche. Les fronts sont loin mais le département de l’Orne se souvient de l’occupation de la guerre de 1870 qui s’est étendue jusqu’à lui et, en 1914, il a accueilli de nombreux réfugiés belges.

Alfred Minos tué devant Douaumont le 3 novembre 1916, jour de son 22ème anniversaire
Alfred Minos tué devant Douaumont le 3 novembre 1916, jour de son 22ème anniversaire © Patrick Bard

Pour cette première étape de notre chemin de mémoire, nous sommes dans le Perche. Les fronts sont loin mais le département de l’Orne se souvient de l’occupation de la guerre de 1870 qui s’est étendue jusqu’à lui et, en 1914, il a accueilli de nombreux réfugiés belges.

Nous sommes à l’arrière mais y-a-t-il un arrière ? Toute la France est en guerre. Tous les villages, toutes les fermes – Préaux en compte plus de cent sont touchés. Et pas seulement par la mobilisation des hommes. Par les taxations, les restrictions, les réquisitions aussi. Le Perche est riche en chevaux. Maurice Genevoix décrira très bien le regard des chevaux qui s’affolent sous les obus et regardent sans la comprendre la furie des hommes.

Non loin de Préaux, on garde, au château du Tertre, le souvenir d’un autre grand écrivain, Roger Martin du Gard. Lui parle des chats : « On a pris par le cou les hommes, tels des chats, et on les a précipités dans le combat », dit-il.

Au centre du bourg, les morts de Préaux figurent tous sur le monument – ce n’est pas toujours  le cas et il y aurait tant de rectifications à faire… Cinq se sont comme volatilisés – « disparus de leurs corps ». Ils sont moins nombreux encore à reposer dans le cimetière, près des leurs. Mais la singularité du village est ailleurs. C’était à la lumière des vitraux des églises qu’autrefois, on lisait l’histoire de son pays. La guerre n’était pas finie que Préaux a commandé, de suite, tout un programme de vitraux pour commémorer le conflit. Et l’un d’eux, au bas de la nef de l’église, est conçu comme un monument aux morts, avant même que celui-ci ne soit construit. Y figurent les noms de nombre des villageois décédés mais aussi, pour 18 d’entre eux, leurs visages. Le maire, Pascal Pecchioli, a fait restaurer le vitrail. Le photographe Patrick Bard a restitué dans un beau livre leurs parcours, jusqu’aux lieux qui les ont engloutis – la Belgique, la Meuse…. Et ce 5 novembre, leurs portraits s’affichent dans le bourg en format 3 mètres sur 3. Les contemporains sont morts, leurs descendants vieillissent… Eux, les 18, fauchés alors qu’ils attendaient de la vie bien des bonheurs, resteront jeunes. Ils sont devenus l’emblème de Préaux-du-Perche.

Programmation musicale : "Venus in furs" du Velvet Underground.

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