L'écrivain collaborationniste Lucien Rebatet lors d'une séance publique de signatures en librairie en 1943
L'écrivain collaborationniste Lucien Rebatet lors d'une séance publique de signatures en librairie en 1943 © domaine public / www.lereseaumodiano.com

François Mitterrand aurait dit : « Il y a ceux qui ont eu la chance de lire son roman, « Les deux étendards » et les autres. Grand critique de cinéma et de musique, Rebatet a été aussi un vrai écrivain. Mais c’était en même temps un petit entrepreneur de haine qui accompagna l’hebdomadaire « Je suis partout », étape par étape, dans son chemin vers la collaboration. Au pied des chefs fascistes, il se transformait en serviteur. Mais, face aux juifs, qui l’obsédaient, il devenait le grand imprécateur. Et devant les chrétiens et les démocrates qui, d’ailleurs, « puaient le juif à cent pas », sa plume était pareillement prise de crises d’épilepsie.

Le succès des « Décombres », grand récit torrentiel de 664 pages qu’il fait paraître en 1942 tient à la violence qu’il met à dénoncer ceux dont il fait les boucs émissaires de la défaite. Après la « punition » de 1940, il appelle à une purification impitoyable. Le régime de Vichy ne lui en paraît pas capable : « Les Décombres » creusent une ligne de démarcation irrémédiable entre les pétainistes et les collaborationnistes.

C’est le 16 juillet 1942, le jour de la rafle du Vel d’hiv, que Rebatet reçoit les premiers exemplaires du livre, édité par Denoël. Il souhaite que la persécution des juifs aille encore plus loin. Le succès des « Décombres » qui en fera le livre le plus vendu pendant l’occupation est celui d’une ligne dure qui a aussi porté le tirage de « Je suis partout » à 200 000 exemplaires. Et encore le contingentement du papier limitait-il l’ampleur de cet envol.

C’est ainsi que « Les Décombres », faute d’un nouveau tirage, s’échangeaient en 1944 contre des jambons ou des andouilles. Depuis, on ne trouvait plus l’ouvrage que sur le marché d’occasion ou dans des éditions fautives ou pirates. Le voilà qui revient cette semaine en librairie mais dûment préfacé et annoté. Rebatet ne peut sortir de nouveau qu’accompagné.

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