1969 : bousculé par les mouvements de mai, le général De Gaulle est battu lors du référendum qu'il avait lui-même proposé. A gauche, plusieurs candidats sont prêts à lui succéder.

04/04/1969 - Ouverture de la campagne «Oui» et «Non» en France, pour et contre le référendum de De Gaulle qui se tiendra le dimanche 27 avril à Paris.
04/04/1969 - Ouverture de la campagne «Oui» et «Non» en France, pour et contre le référendum de De Gaulle qui se tiendra le dimanche 27 avril à Paris. © Maxppp / Keystone Pictures USA/ZUMAPRESS.com

Nous sommes encore dans l’ombre portée de mai 68. Le général de Gaulle a été bousculé par le mouvement de la jeunesse, et par l’immense grève qui l’a accompagné. Puis moins d’un an après, voilà qu’il est battu, par 52% des suffrages, au referendum qu’il avait proposé. Il démissionne, et s’inscrit alors dans les étranges lucarnes le visage bonhomme et néanmoins inquiet du président du Sénat qui va assurer l’interim.

Que s’est-il passé ? Après mai, peut-être le général a-t-il fait sa révolution intérieure ? En tout cas, il a proposé aux suffrages un texte très ambitieux de décentralisation dont il a vanté les mérites dans un derniers discours public à Quimper. Cette réforme assez inouïe aurait pu passer si elle ne s’était accompagnée d’une réforme du Sénat, la chambre haute que de Gaulle voulait mettre cul par-dessus tête, ce qui provoqua l’inquiétude d’innombrables élus locaux et la colère du président du Sénat, Alain Poher, que les Français découvrirent à cette occasion.

A droite, un plan B existait depuis un moment. Georges Pompidou avait annoncé plus ou moins adroitement qu’un destin national l’attendait, peut-être. Il avait été six ans le Premier ministre du général ; devenu simple député du Cantal, il se présentait comme un normalien, et aussi comme un auvergnat qui avait du poil aux oreilles. Néanmoins, en cette fin d’avril, si Alain Poher avait annoncé qu’il se présentait, il aurait d’emblée été crédité de davantage d’intentions de vote que Pompidou. Mais à l’Elysée, il était occupé à déjouer les chausse-trapes du gouvernement qu'avait laissé le général.

A gauche, rien n’est prêt. Lors de la première présidentielle, François Mitterrand, un candidat venu du diable vauvert, avait réussi à incarner une première union de la gauche. Il est passé complètement à coté du mouvement de mai et inversement. Mais il sait que cette fois il ne ralliera pas la jeunesse, peut-être pas le Parti Communiste, et sans doute pas le Parti socialiste tout occupé par son état de décomposition – il tente alors de passer à la recomposition. Gaston Defferre, maire de Marseille, réussit enfin à déborder la vieille direction à bout de souffle et s’impose. En ce premier moment, ses efforts sont perçus avec une certaine sympathie. A deux mois du scrutin, les sondages qui crépitent lui attribuent 17% des voix. Le niveau de Benoit Hamon aujourd’hui. Mais le ticket d’entrée au second tour est bien supérieur à ce niveau. Que se passera-t-il si la gauche se disperse, comme tout semble l’indiquer ?

Les militants d’un des mouvements-phares de mai, d’ailleurs interdit, la Ligue communiste, avancent le nom de leur jeune leader, Alain Krivine. Michel Rocard, autre grande figure de mai, l’âge d’Emmanuel Macron aujourd’hui, jamais candidat jusqu’ici, se met sur les rangs. Et surtout, le Parti communiste, alors la force numéro un, ne pouvant accepter le nom de Defferre, décide de faire le show. Il n’avait pas eu de candidat à la présidentielle de 1965, c’est sa première participation. Et il choisit Jacques Duclos. Un cavalier seul ou un cheval de retour ? Duclos a 72 ans. Qu’importe : il trouve tous les autres participants usagés, et entend le prouver ...

Programmation musicale :

Camarade de Jean Ferrat (Barclay, 1969)

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