Débutant son second mandat en 1988, François Mitterrand n’avait rien retranché dans sa politique de grands travaux.

François Mitterrand inspectant le chantier de la pyramide du Louvre en octobre 1986
François Mitterrand inspectant le chantier de la pyramide du Louvre en octobre 1986 © Getty / Thierry Orban

En annonçant un nouveau chantier, la BNF, il prenait soin néanmoins de citer son prédécesseur : Valery Giscard d’Estaing avait voulu un musée du XIXème à Orsay comme Georges Pompidou avait fait sortir de terre le Centre d’art contemporain qui porte maintenant son nom. Plus tard, Jacques Chirac créera quai Branly un autre musée encore, qui porte lui aussi son nom.

Pour expliquer l’absence de projets comparables sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, on a invoqué la réduction du mandat présidentiel, peu propice aux aventures au long cours, et, bien évidemment, la réduction des moyens de l’Etat.

Emmanuel Macron avait l’intention d’observer la même retenue mais le désastre de Notre-Dame de Paris lui offre une opportunité inattendue. Sa tentation est grande de signifier dans l’architecture de l’édifice que la reconstruction comme l’incendie ont eu lieu sous son règne.

En conséquence, le choix est fait d’accélérer le rythme afin de permettre une éventuelle réouverture lors d’un hypothétique second mandat. Un projet de loi est mis en débat lors d’une séance prioritaire de l’Assemblée le 10 mai. Un concours international est prévu dont l’Elysée aura la clé. Une administration de commando  ad hoc va être créée, peut-être à la manière de feu l’établissement public du Grand Louvre – en 1988, François Mitterrand avait été jusqu’à nommer un secrétaire d’Etat aux grands travaux. Et il est clair qu’au ministère de la Culture, on  préférerait ne voir qu’une seule tête parmi les spécialistes du Patrimoine. Quand Pei avait  présenté son projet de pyramide à la Commission supérieure des monuments historiques, on avait pareillement ignoré le chahut auquel elle s’était livrée.

Les circonstances permettent  de relever la  vieille  tradition monarchique de l’intervention du prince dans la le paysage urbain. La fronde et la polémique vont nécessairement l’accompagner : nous en avons pour un bon moment. La grande différence avec le passé, c’est que le financement de ce nouvel  avatar des grands travaux  sera assuré par les dons… Ce qui peut rebattre les cartes du jeu.

Bibliographie :

Le gouvernement de la culture de Maryvonne de Saint Pulgent (Gallimard).

Grands travaux. De l'Afrique au Louvre de Emile Biasini (Odile Jacob).

L'incendie du Parlement de Bretagne de André Sauvage et Jean-Yves Dartiguenave (Apogée).

Emotions patrimoniales de Daniel Fabre, Annick Arnaud, Collectif (Maison des Sciences de l'Homme).

Le Mobilier national de Laurence Cossé (Gallimard).

Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.