En 1943, après que s’est effondré le régime de Mussolini, le toit de la Scala se volatilise sous l’effet des bombardements alliés. La plus grande maison de musique du pays ne rouvrira qu’en 1946, l’année où le vieux maître Toscanini, retour d’exil, y fera un retour triomphal.

Benito Mussolini
Benito Mussolini © Getty / Hulton Archive

Toscanini avait choisi d’en partir dès 1929. Pourtant les premières années du fascisme avaient mis en place un système d’enseignement et de diffusion de la musique qui ne manquait pas d’ambition. La renaissance encouragée du passé musical de la péninsule n’avait pas empêché la présence de l’étranger. Mussolini manifestait son intérêt pour la musique. Auprès de lui le très érudit ministre Bottai laissait se développer les formes modernistes : on sait que les futuristes en art avaient souvent partie liée avec le fascisme qui laissait ouvertes plusieurs pistes esthétiques. Tout cela n’avait pas laissé les professionnels indifférents.

Toscanini avait cependant fini par détester l’utilisation politique que le régime voulait faire de son établissement. Très vite après son départ, dès le début des années trente, la Scala tomba d’ailleurs entre les mains des bureaucrates du régime. En 1932, à l’échelle du pays cette fois, plusieurs grands noms de la musique signèrent un manifeste où ils promettaient d’abandonner l’individualisme passé pour se jeter dans un lyrisme véhément qui corresponde enfin à la mission de la race italienne. La guerre contre l’Ethiopie en 1935 fit franchir un nouveau seuil. Les lois raciales excluèrent les musiciens juifs en 1938.  Peut-être provoquèrent-elles plus d’émotion dans le milieu que celles que connut la France peu après. Légendaire Erich Kleiber, chef invité à la Scala, refusa d’y diriger Fidelio. « Comme chrétien, dit-il, je trouve ces dispositions inhumaines. La musique comme l’air qu’on respire est faite pour tout le monde ».

C’était le temps du rapprochement avec l’Allemagne de Hitler. On tenta d’inventer un axe Vivaldi-Bach. On était entré dans le pompiérisme et l’autarcie.

Bibliographie :

Charlotte Ginot-Slacik et Michela Niccolai, Musiques dans l'Italie Fascistes 1922-1943 (Fayard 2019)

Pierre Michel, Luigi Dallapiccola (éditions Contrechamps 1996)

Luigi Dallapiccola, Paroles et musiques (ed. Minerve 1992) 

Emilio gentile, Qu'est ce que le fascisme (Gallimard 2004)

Marie-Anne Matard-Bonucci, L'Italie fasciste et la persécution des juifs (PUF 2012)

Programmation musicale :

Le Triso Lescano reprend le Saint Louis d'Amstrong "la tristezze de san Luigi" (1942)

Les invités
  • Charlotte Ginot-SlacikDramaturge et musicologue, professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon
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