Istanbul
Istanbul © Corbis / © ART on FILE/Art on File/Corbis

Lors du coup d’état militaire de 1980, le troisième en vingt ans, notre invité avait douze ans. C’est, en matière politique, son souvenir fondateur.

Il est probable que la mémoire de l’insécurité de cette époque a joué un rôle dans le comportement des électeurs turcs aux législatives du 1er novembre : avant le coup d’état, on comptait quelque vingt morts par jour à la suite d’attentats aussi divers qu’illisibles ; après le coup d’état, quelque 25000 prisonniers politiques. La campagne du président Erdogan s’est largement fondée sur la peur du chaos qui habite encore les Turcs.

En même temps, c’est le régime d’Erdogan qui, non content de se fâcher avec tous ses voisins, a chauffé les esprits les uns contre les autres. Les pouvoirs autoritaires attisent les conflits puis promettent de les apaiser. C’est leur paradoxe.

Le modèle qu’ils constituent progresse pourtant un peu partout en Europe. Orban en Hongrie, Kaczinsky demain peut-être en Pologne… Sans parler de Poutine en Russie. Erdogan est une figure qu’il ne faudrait pas identifier à son seul caractère musulman : il est un parmi d’autres.

D’ailleurs bien malin serait celui qui pourrait fédérer les Islams de Turquie. Déjà au XIIIe siècle, un poète y disait : « Allah est grand mais il y a 72 voies pour le rejoindre. » Et ce qu’on ne peut compter à l’intérieur est innombrable aussi dans la diaspora, à laquelle notre invité appartient depuis un quart de siècle.

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