Les rescapés attendent beaucoup des témoins du monde entier qui pourraient les écouter. La présence internationale a tant manqué -tant failli- quand le pire aurait pu être conjuré.

Au début d’avril 1994, les accords d’Arusha ne sont plus respectés. Ils ont été signés l’année précédente par le président rwandais, Habyarymana, les partis d’opposition et le Front patriotique rwandais (FPR) de Kagame. Le 6, l’avion d’Habyarymana est abattu. L’offensive du FPR reprend aussitôt et menace Kigali, la capitale, où un gouvernement intérimaire d’extrémistes hutus est constitué. Son objectif est moins de résister aux troupes du FPR que de lancer, dès le 7 avril , une vaste extermination des tutsi qui, gagnant de proche en proche, va faire entre 600 000 et un million de morts selon les estimations. En cent jours !

Passer à la violence est aisé et rapide. S’en éloigner est immensément difficile. Les tutsi étaient minoritaires avant le génocide. Les survivants, en 2008, lors du premier voyage de Stéphane Audouin-Rouzeau, représentent 3% seulement de la population du pays. Contraints de revenir dans un voisinage dont ils craignent qu’il bascule de nouveau, leur sentiment d’isolement peut paraître sans remède.

Lors des cérémonies qui les rassemblent, le président Kagame, sorti vainqueur sans partage de la funeste année 1994, tient un discours volontariste – pour ne pas dire plus : « Redonnons-nous de la valeur, redonnons de la valeur au pays. » Kigali s’est spectaculairement modernisé, américanisé, internationalisé. Apparemment, plus rien à voir avec le Burundi, à quelques dizaines de kilomètres, resté le pays des collines et des hameaux. Mais les deux voisins vivent dans la crainte d’un retour de la violence qui affleure toujours.

Aussi les rescapés attendent-ils beaucoup des témoins du monde entier qui pourraient les écouter. La présence internationale a tant manqué -tant failli- dans les premières semaines d’avril 1994, quand le pire aurait pu être conjuré.

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