Séguin, c’était un corps, une voix qui venait de loin, une parole qui n’était pas retournée par les nécessités de la com. C’est encore une présence ou un fantôme : le remords de la droite.

Philippe Seguin,  président du groupe RPR à l'Assemblée nationale, prononce un discours à la tribune, le 11 juin à Paris, lors d'un conseil national du RPR.
Philippe Seguin, président du groupe RPR à l'Assemblée nationale, prononce un discours à la tribune, le 11 juin à Paris, lors d'un conseil national du RPR. © AFP / Thomas Coex

D’un côté, on nous dit : la recomposition politique n’a pas encore produit tous ses effets. Et de l’autre, on continue de nous parler de rassemblement. Par exemple, Laurent Wauquiez se fait fort d’atteler au char de l’Etat les fantômes de Pinay et de Malraux, de Séguin et Madelin.

Philippe Séguin et André Malraux sans doute oui… Ces deux-là tiraient dans le même sens. Malraux ne parlait pas d’attelage mais il disait que le rassemblement gaulliste, c’est le métro à cinq heures du soir. Séguin renchérissait : c’est un mouvement porteur d’une histoire nationale et d’une promesse sociale, pas le regroupement intéressé des droites et des centres. En revanche, il se serait mal vu compagnonner avec Pinay et Madelin sur une estrade dans une réunion pour personnes un peu âgées.

De toute façon, c’était un solitaire qui éprouvait de la difficulté à s’inscrire dans une constellation. C’était un drapeau mais pas un chef. Pire, le rassemblement tel qu’il le souhaitait ne parvenait pas à devenir ce qu’il aurait dû être. Et la politique se rétrécissait alors qu’elle aurait dû élargir les horizons.

Philippe Séguin, désormais vêtu de l’hermine du président de la Cour des comptes, s’en était déjà  apparemment retiré avant sa disparition brutale. Celle-ci, en 2010, a provoqué un frisson d’émotion unanime comme cela arrive parfois en France. Nous pouvons aimer au moins fugitivement ceux qui respectent  les règles de la scène  politique. Séguin, c’était  un corps, une voix qui venait de loin, une parole qui n’était pas retournée par les nécessités de la com. C’est encore une présence ou un fantôme : le remords de la droite.

Programmation musicale : "Le grand élan" de Roger Vivant (1978)

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