Quand vos paroissiens risquent la mort dans des supplices terribles, ne fallait-il pas apostasier ?

Peinture du martyre des pères jésuites à Nagasaki en 1622 - Auteur inconnu
Peinture du martyre des pères jésuites à Nagasaki en 1622 - Auteur inconnu © Getty / DEA Picture Library

Aller partout rejoindre d’autres hommes et en faire des chrétiens. Les jésuites se sont fixé cet objectif d’élargissement, d’englobement du monde. Dans l’Asie qui les requiert de plus en plus au XVIème siècle, trois ensembles géographiques sortent de l’indétermination. L’Inde bien sûr et, peu à peu, la Chine et le Japon. Saint Francois Xavier pose le pied sur l’archipel au milieu du siècle. A sa suite, les missionnaires jésuites y enregistrent beaucoup de succès surtout dans le Sud. Un siècle plus tard pourtant, il ne reste quasi plus rien des communautés chrétiennes. Les édits de persécution de 1612-1614 et leur application de plus en plus brutale ont tout détruit. Le japon est le pays des tremblements de terre…

Sur place, les chrétiens furent affrontés à des situations tragiques. Quand vos paroissiens risquent la mort dans des supplices terribles, ne fallait-il pas apostasier ? C’est le dilemme dans lequel se trouve le P.Rodrigues dans le film de Scorcese, Silence. Le cas du P.Ferreira est plus célèbre encore : avant même peut-être que la persécution ne commence, il avait troqué la soutane contre la robe des bonzes, expliquant dans un livre qui fera date l’incompatibilité du Japon et du christianisme : les japonais n’ont pas la même façon que les chrétiens de lever les yeux vers l’horizon…

A Rome d’où tout part et tout revient, on s’interrogea, on s’interroge encore sur cette question, que l’expérience jésuite en Chine renouvela. Le Japon, comme la Chine, est un pays de culture accomplie. Y faire pénétrer une conception du monde toute différente exige une connaissance de la langue, des savoirs et peut-être bien davantage : un échange en profondeur, très risqué donc.

Rome, aujourd’hui, béatifie en masse les martyrs du Japon. Qu’ils aient été persécutés suffit-il à affirmer qu’ils avaient pris le bon chemin ?

Programmation musicale : Tota pulchra es anima mea, King's singer (composition : Giovanni Pierluigi da Palestrina). LABEL SIGNUM

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