Aujourd’hui, le commando Kieffer est unanimement célébré. Mais il faut savoir que le général de Gaulle n’a pas décoré l’unité de la croix de la Libération. Qui plus est, les survivants qui, pour être passés sous la toise d’une rude formation, avaient gardé des individualités fortes évoluèrent chacun à sa façon.

Débarquement du 1er bataillon de fusiliers marins commandos à Sword Beach le 6 juin 1944
Débarquement du 1er bataillon de fusiliers marins commandos à Sword Beach le 6 juin 1944 © Getty / Xavier ROSSI

Gwenn-Aël était passé clandestinement, à 17 ans à peine, de Bretagne en Angleterre. Il en avait 19 le 6 juin 1944. Il était un parmi les 177 du commando Kieffer et les 177 du commando Kieffer n’étaient qu’un simple bataillon, sur l’aile d’une force gigantesque de 130000 hommes venus de quinze nationalités.

Aujourd’hui, le commando Kieffer est unanimement célébré. Mais il faut savoir que le général de Gaulle n’a pas décoré l’unité de la croix de la Libération. Volontairement. Certes ses hommes avaient fait le choix de s’engager dans les Forces françaises libres mais une fois qu’avec l’accord du général, ils étaient devenus membres d’une unité spéciale britannique, leur commandement avait changé et ils ne correspondaient plus à l’image que le général voulait donner de son combat. D’ailleurs, en novembre 1944, ils se retrouvèrent dans un autre débarquement aussi difficile, en Hollande : l’histoire française le passe complètement sous silence.

Qui plus est, les survivants qui, pour être passés sous la toise d’une rude formation, avaient gardé des individualités fortes évoluèrent chacun à sa façon. Gwenn-Aël avait ainsi débarqué avec son cousin, Marc Thubé : celui-ci s’en alla vivre en Afrique où il ne soufflait généralement pas mot de ses aventures. Oncle Gwenn, comme l’appelait Vincent Bolloré, n’en faisait pas étalage non plus.

Cependant Gwenn-Aël était un raconteur d’histoires comme j’en ai rencontré peu. Mais il pouvait préférer à la sienne celle des berniques ou des crabes dont il était un spécialiste internationalement reconnu. Ou bien celles des sorcières et des eaux : son répertoire breton était inépuisable.

Gwenn-Aël a écrit nombre de films naturalistes et même un très beau moyen métrage de fiction « Les naufrageurs » dont le rôle principal était tenu par sa femme et inspiratrice, la belle Renée Cosima aux yeux si bleus. La légende veut que, pendant le tournage à Tronoën, on avait failli devoir faire venir des figurants sobres depuis Paris. On buvait beaucoup autour de Gwenn-Aël quand il racontait.

Il a écrit nombre de livres, il en a publié beaucoup aux éditions de la Table Ronde qu’il dirigea de 1953 à 1988. Certains lui valurent des poursuites pour offenses au chef de l’Etat. Il s’en tint en effet au discours de l’Algérie française, rompant avec le général. Encore un signe du décalage entre le commando Kieffer et l’épopée gaullienne. « Moi, je ne juge personne, disait-il, mais j’ai choisi ma voie et j’entends la suivre librement ».

Bibliographie :

Gwenn-Aël Bolloré J'ai débarqué le 6 juin 1944 : commando de la France libre Le Cherche Midi

Gwenn-Aël Bolloré Nous étions 177 France-Empire

Anne Bolloré L'archipel aux sortilèges Locus Solus

Stéphane Simonnet Les Français du Débarquement Orep

Stéphane Simonnet Les 177 Français du jour J Tallandier/Ministère de la Défense

Benjamin Massieu Philippe Kieffer - Chef des commandos de la France libre Pierre de Taillac

Benjamin Massieu Les Français du jour J Pierre de Taillac

Les films de Gwenn-Aël Bolloré sont disponibles sur le site de la Cinémathèque de Bretagne

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