C'est en 1945 que Simenon a quitté la France. C'est avec 48 livres supplémentaires que, dix ans plus tard, il franchit de nouveau l'Atlantique. Mais comme il ne travaille pas vraiment au présent et qu'il préfère la sédimentation, l'Europe est demeurée présente quand il écrit aux Etats-Unis et, plus tard, l'inverse sera vrai aussi.

Comment s'adapter aux couleurs des lieux sans être un caméléon, en restant Simenon ? Il ressemble plutôt un écureuil mais de l'espèce "vagabond luxueux" : il stocke les détails et les observations dans sa mémoire tout en volant de branche en branche. Le monde qui s'est ouvert à lui en Amérique, il l'a vécu comme une route. On lui connaît d'ailleurs là-bas une bonne demi-douzaine de domiciles. Et, en 1955, il jette de nouveau l'ancre.

Un jour, une brave dame lui écrira : "Monsieur Simenon, vous qui avez des dizaines de maisons, vous en pouvez pas nous en donner une, à nous qui n'en avons pas ?"

A quoi on peut répondre avec Simon Leys, autre immense écrivain belge : "Mais ce qui advient dans les livres de Simenon devient nôtre, nos lectures deviennent des évènements de notre vie".

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