Pas de démocratie qui ne soit sociale, a toujours répété le président Chavez. Le vénézuélien ne se conçoit pas seul. Il est un sujet collectif.

Célébration du 27e anniversaire du coup d'État manqué de Hugo Chavez (4 février 2019)
Célébration du 27e anniversaire du coup d'État manqué de Hugo Chavez (4 février 2019) © Getty / Adriana Loureiro Fernandez/Bloomberg

Pas d’état qui ne soit civico-miliaire, ajoutait-il. Il avait tenté en 1992 un coup d’état militaire qui n’avait qu’à demi échoué puisqu’il avait pu ensuite créer autour de lui et de son groupe d’officiers une coalition d’à peu près toutes les gauches : le soldat bolivarien, frère du peuple, en était la figure de proue. C’est ainsi qu’il était parvenu au pouvoir, légalement, avec une forte majorité, en 1998. 

Victime à son tour, en 2002, d’une tentative de coup d’état, il renouvellera à peu près entièrement tout l’encadrement militaire et renforcera, au nom de la défense de la révolution, le rôle des forces armées.  

La troupe, qui peut être doublée par une milice, est ainsi constituée de 365 000 hommes qui peut être doublée pas une milice. Dans la pénurie généralisée qui s’est instaurée, c’est elle qui tente de garantir la distribution et la commercialisation des produits de base. Au somment de l’armée, se tient un groupe de 1200 généraux – deux fois plus que dans l’armée américaine. On les appelle les Soleils. Un bloc opaque qui n’est pas sans rappeler les états-majors rentiers de l’armée algérienne. Ils collectionnent les postes de ministres et de gouverneurs. Ils se redistribuent en dollars les revenus des hydrocarbures et quand ceux-ci diminuent, comme c’est le cas aujourd’hui, il leur reste les ressources minières, le contrôle des importations et bien d’autres trafics, au premier rang desquels celui des stupéfiants.

Maduro n’a jamais porté d’autre uniforme que celui de chauffeur de bus. Il n’a pas les talents et le charisme de Chavez. Les gradés lui ont cependant gardé leur appui.  Depuis que le président de l’Assemblée nationale Guaido incarne une issue au désastre, ils ne l’ont pas encore lâché, sauf une minorité d’entre eux. Mais pour combien de temps ? Leur intérêt à moyen terme n’est pourtant pas de rester dans un système qui sombre. Pour les convaincre de changer de camp, combien d’assurances faudra-t-il leur donner ? Celles, par exemple, de garder des fiefs profitables et d’obtenir une protection judiciaire ?

Bibliographie :

Le chavisme, un militarisme compassionnel de Paula Vasquez (Éditions de la Maison des sciences de l'homme )

Histoire du Venezuela, de la conquête à nos jours de Frédérique Langue (L'Harmattan)

Hugo Chavez et le Venezuela. Une action politique au pays de Bolivar de Frédérique Langue (L'Harmattan)

Programmation musicale :

Ali Primera - Sangueo para el regreso 

Les invités
  • Paula Vasquez LezamaAnthropologue, chargée de recherche au Laboratoire d’Anthropologie des Enjeux Contemporains à l’ENS Lyon
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