La poésie est une horloge qui avance. Depuis le début de la guerre, nombre d’auteurs russes, tendant l’oreille, guettaient l’avalanche. Puis vint l’année 17.

Sergei Essénine, poète russe avec d'autres poètes du groupe Imaginisme vers 1918-1925.
Sergei Essénine, poète russe avec d'autres poètes du groupe Imaginisme vers 1918-1925. © Getty / Heritage Images

La poésie est une horloge qui avance. Depuis le début de la guerre, nombre  d’auteurs russes, tendant l’oreille, guettaient l’avalanche. Puis vint l’année 17. Le rideau tomba sur le vieux monde. Les Russes crurent un moment n’avoir  assisté qu’à une représentation du théâtre de l’histoire. Ils se dirent : « Il  est temps de reprendre nos fourrures et de rentrer à la maison ». Mais il n’y  avait plus de fourrures. Ni de maison.  Maïakovski aimait raconter que les marins qui avaient pris le Palais d’hiver  auraient récité ses vers : « Mange tes ananas, mastique tes galinottes/ Ton  dernier jour arrive, bourgeois. » Et en effet,  les vieux privilèges ne tenaient  plus. Après la révolution, la guerre civile commença vite. La désorganisation  était telle que les services élémentaires ne pouvaient plus fonctionner. Les  poètes, à l’issue des lectures publiques qu’ils affectionnaient, se faisaient  payer en saucissons ou en pommes de terre. Mais les premiers mois, les premières années même, beaucoup d’entre eux  soutinrent un  régime qui leur donnait une responsabilité. C’en était fini de la  vieille Russie mais  ils étaient convaincus que dans ce pays bouleversé naîtrait  une nouvelle humanité qu’il leur revenait d’accoucher. « Jusqu’au dernier de nos  boutons : Nous referons le monde à fond » - Maïakovski toujours. Mais même les responsables bolcheviks qui leur étaient le plus favorables  n’entendaient pas donner à des membres de l’intelligentsia un pareil rôle,  réservé évidemment au peuple -  et, dans le peuple, à la classe ouvrière. Quant  à Lénine, on rapporte qu’il s’est tourné un jour vers sa femme Kroupskaïa et  qu’il lui a dit : « Oh, vous savez, en matière d’art, nous autres sommes de  vieilles gens. » 

Programmation musicale : "Symphonie classique" de Prokoviev  (Orchestre symphonique du rias de Berlin, dirigé par Ferenc Fricsay)

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