La question du Rwanda dépasse son propre enjeu pour devenir un enjeu universel. Il y a vingt-cinq ans, quand l’attentat contre l’avion des présidents rwandais et burundais donna le signal de la violence totale, l’ONU préféra pourtant jouer les abonnés absents.

Intérieur du Tribunal pénal international pour le Rwanda
Intérieur du Tribunal pénal international pour le Rwanda © Getty / Christophe Calais

La question du Rwanda dépasse son propre enjeu pour devenir un enjeu universel.

Il y a vingt-cinq ans, quand l’attentat contre l’avion des présidents rwandais et burundais donna le signal de la violence totale, l’ONU préféra pourtant jouer les abonnés absents. La mission de 2500 casques bleus chargés de maintien de la paix n’intervint pas.

Pendant cent jours, le massacre des tutsis et de ceux des hutus qui passaient pour être leurs complices se déroula méthodiquement. Aux barrages sur les routes, dans les enclos et dans les marais où se cachaient les survivants. Le génocide avait été ourdi par des leaders d’opinion. Des miliciens le pratiquaient avec calme et détermination, partant le matin vers les marais en chantant et revenant  le soir fatigués d’avoir « coupé » et « percé ».

Un sentiment panique habitait cependant les tueurs. Il naissait de la répétition des meurtres jour après jour mais aussi des nouvelles qui venaient du Nord. Le FPR, force armée tutsie constituée à l’extérieur par Paul Kagame, avançait en effet dans le pays. Le gouvernement génocidaire devait se replier. Il jugeait d’autant plus urgent d’achever sa tâche d’élimination. C’était la seule victoire qu’il pouvait remporter.

Dans ce pays très chrétien, les églises dont on aurait pu espérer qu’elles servent de refuges, comme cela avait été le cas lors d’une répétition générale en 1959, n’avaient pas été épargnées. Le pape parla le premier de génocide. Il faut reconnaître au ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé,  le mérite d’avoir utilisé lui aussi le mot. Mais  quand le gouvernement français arracha une mission du Conseil de sécurité, l’opération Turquoise qu’il déclencha le 26 juin se présenta comme une intervention traditionnelle intervention humanitaire. Elle se déroula dans la partie du pays encore contrôlée par le gouvernement, elle ne prévoyait ni arrestation ni désarmement des génocidaires. Il lui sera constamment reproché d’avoir protégé nombre d’entre eux en accompagnant la masse des hutus, menacés à leur tour,  vers le Zaïre où les attendaient des camps de réfugiés.

Alors que les tutsis de l’intérieur étaient réduits à un petit reste, ce sont les tutsis du FPR qui se sont libérés eux-mêmes. Depuis, le gouvernement de Kagame est ce qu’il est. Autoritaire, froid et calculateur. D’un côté, le pays qui connaît une croissance à 7% depuis dix ans, se veut un Singapour africain, ne cessant d’organiser des rendez-vous d’investisseurs. De l’autre, il organise annuellement dans ses sites mémoriaux un long deuil qui dure jusqu’en juillet. Et revient à Noel quand manquent tant d’enfants et de parents.

Quant à la justice, le Rwanda se targue de l’avoir rendue plus efficacement que le tribunal pénal international pourtant crée dès novembre 1994.

Bibliographie :

Un génocide au tribunal. Le Rwanda et la justice internationale de Ornella Rovetta (Belin).

La justice internationale face au drame rwandais de Jean-François Dupaquier (Karthala).

La justice transitionnelle. De l'Afrique du Sud au Rwanda de Kora Andrieu (Gallimard).

Des crimes qu'on ne peut ni punir ni pardonner de Antoine Garapon (Seuil).

Une saison de machettes de Jean Hatzfeld (Seuil).

Le génocide des Tutsi du Rwanda de Florent Piton (La découverte).

Une initiation. Rwanda (1994-2016) de Stéphane Audoin-Rouzeau (Seuil).

Rwanda, ils parlent. Témoignages pour l'histoire de Laurent Larcher (Seuil).

Voices from the Rwanda tribunal

Le Tribunal en bref

Tribunal pénal international pour le Rwanda

Les invités
  • Ornella RovettaChercheuse post-doctorante au Centre de recherche mondes modernes et contemporains de l’Université Libre de Bruxelles
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