Les mouvements de libération homosexuelle des années 70 posent autrement la question de la constitution d’une culture propre. Ils ne sont pas organisés comme des partis ou des syndicats. Les documents qui témoignent tout simplement de la vie d’aujourd’hui des uns et des autres sont menacés d’une invisible disparition.

Le centre des "Canadian Lesbian and Gay Archives" de Toronto
Le centre des "Canadian Lesbian and Gay Archives" de Toronto © Getty / Rene Johnston

En Allemagne, les collections de Magnus Hirschfeld sont bien connues dans les années 1920 pour leur caractère spectaculaire qui leur vaudra destruction par les nazis. Mais l’idée de rassembler de la documentation sur les sexualités minoritaires est née dans des époques bien antérieures et dans plusieurs pays. En France, peu après 1900, Georges Herelle, un professeur de lycée de réputation irréprochable, traducteur de D’Annunzio et éminent spécialiste des pastorales basques, se lance dans un grand projet d’histoire de « l’amour grec ». Cependant, il œuvre en secret : ses collections sont maintenant déposées dans un lieu public, à la Bibliothèque de Troyes mais elles se sont perpétuées dans la discrétion.

Les mouvements de libération homosexuelle des années 70 posent autrement la question de la constitution d’une culture propre. Ils ne sont pas organisés comme des partis ou des syndicats ; ils peuvent s’évaporer rapidement. Plus généralement, les documents qui témoignent tout simplement de la vie d’aujourd’hui des uns et des autres sont menacés d’une invisible disparition. Heureusement, des collectionneurs veillent : la recherche parfois compulsive de livres, de disques, de films, de simples papiers épars, c’est au fond une forme de sexualité minoritaire…

Dans plusieurs pays, ces initiatives individuelles ont été peu à peu aspirées par des projets qui ont réussi à fédérer autour d’eux. Ils ont été portés par les communautés homosexuelles qui, se méfiant des instances d’état, ont créé leurs propres lieux d’archivage et de partage qui comportent parfois des musées. En Allemagne, à Berlin particulièrement. Aux Pays-Bas. Au Canada, à Toronto. Aux Etats-Unis, à New York et San Francisco. En France, rien de tel n’a pu se produire à pareille échelle. Les initiatives n’ont pas manqué pourtant. C’est à Paris dont on aurait pu attendre un rôle-leader que, depuis vingt ans maintenant, la situation a été la plus confuse. En 2018, la Ville et différentes structures d’état ont finalement désigné comme porteuse du projet une association dont le libellé interroge sans doute le commun des mortels : Archives LGTBQI+. En attendant des explications supplémentaires, on se contentera de parles aujourd’hui d’archives des homosexualités.

Le site du Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT

Le site du collectif Archives LGBTQI

"Ciel mon dimanche ! : GayKitschCamp 30 ans" Rencontre avec Patrick Cardon animée par Patrick Comoy du Collectif des archives LGBTQI le 10/02/2019

Le site de GayKitschCamp

Le site de Labelchanson  label indépendant qui propose une nouvelle collection de CD de chanson française, à vocation patrimoniale et anthologique

Bibliographie :

Antoine Idier Archives des mouvements LGBT + : Une histoire de luttes de 1890 à nos jours (Éditions Textuel)

Peter Ackroyd Queer City. L'homosexualité à Londres, des Romains à nos jours (Philippe Rey)

Jeffrey Weeks Ecrire l'histoire des sexualités minoritaires (PUL)

Didier Eribon Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (Larousse)

Julian Jackson Arcadie : la vie homosexuelle en France, de l’après-guerre à la dépénalisation (Autrement)

Programmation musicale :

Robert Rocca Ils en sont tous

Suzy Solidor Ouvre

Compilation Chansons interlopes 1906-1966 (LabelChanson)

Filmographie :

Olivia de Jacqueline Audry (René Château Video)

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