A chacune des grandes tribunes qui lui furent offertes, à Zurich, La Haye, Bruxelles, Strasbourg, il faisait son entrée comme s’il était l’histoire en marche...

Le président du Conseil français Pierre Mendès France (G), après l'échec de la réunion des Six à Bruxelles concernant la Communauté européenne de Défense se rend à Londres où il est accueilli par le Premier ministre britannique Sir Winston Churchill
Le président du Conseil français Pierre Mendès France (G), après l'échec de la réunion des Six à Bruxelles concernant la Communauté européenne de Défense se rend à Londres où il est accueilli par le Premier ministre britannique Sir Winston Churchill © AFP / AFP

Les Anglais étaient fiers de leur culture politique démocratique qui, cas unique en Europe, avait tenu le choc pendant la Seconde Guerre. Ils la firent donc jouer de nouveau aux élections de 1945. En renvoyant le vieux lion Churchill, ils avaient sans doute fait preuve d’ingratitude mais le pays était exsangue, il avait perdu le quart de sa richesse nationale et les Anglais, usés et qui travaillaient sur des machines usées, attendaient un peu de répit et de sécurité. Le Labour qu’ils avaient choisi construisit en conséquence et en peu d’années, dans la première nation débitrice du monde, le premier Etat-providence du monde.

Comment éviter le retour d’un nouveau désastre ?

Pendant les années où ils se concentrèrent sur cette tâche, Churchill « churchillisa ». Infatigable septuagénaire, il peignit énormément ; sa perruche sur la tête et son chien à ses pieds, il écrivit les quatre premiers volumes de ses Mémoires de la Seconde Guerre qui lui vaudraient plus tard le Nobel de littérature. Il voyagea beaucoup. Les meilleurs esprits, sur le continent, se livraient à un immense remue-méninge : comment éviter le retour d’un nouveau désastre ? Comment renouer les fils du vieil unionisme qu’avait tranché la guerre. Churchill était leur invité d’honneur chaque fois qu’ils tenaient un raout international. Et là encore, il « churchillisait ». A chacune des grandes tribunes qui lui furent offertes, à Zurich, La Haye, Bruxelles, Strasbourg, il faisait son entrée comme s’il était l’histoire en marche – il était parlementaire depuis 1900 et il tenait du visionnaire. Il faut, disait-il, construire une Europe unie, rendue à la libre circulation des hommes, des idées, des biens.

Et puis aux élections de 1951, les Anglais lui revinrent. De peu : il n’obtint la majorité qu’en sièges, pas en voix. Il fallut faire avec la réalité. Le Conseil de l’Europe qui ressemblait à une impasse, en tout cas ne permettait pas l’approfondissement de l’Union. La Communauté du charbon et de l’acier qui s’était faite sans Londres. La Communauté européenne de défense qui sembla à Churchill un amalgame vaseux.

Le temps était venu de vérifier s’il avait recommandé : « Unissons-nous ». Ou peut-être seulement : « Unissez-vous, sans nous » ?

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