Makhno est un paysan d’origine. Il a fait de son village son quartier général : Gouliaïpole qu’on appellera Makhnograd. Quand, venu clandestinement à Moscou, il rencontre Lénine, l’été 18, il se présente comme à moitié illettré mais il appartient à la chair de la chair de sa région.

Nestor Ivanovich Makhno (1888 - 1934)
Nestor Ivanovich Makhno (1888 - 1934) © Getty / Slava Katamidze Collection

Novembre 1917. La victoire des bolcheviks a aggravé la décomposition territoriale de la Russie. L’indépendance est proclamée en Ukraine. En mars 18, elle est reconnue par l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie qui contraignent Lénine à la contresigner dans les traités de Brest-Litovsk. En fait, les puissances centrales occupent très durement une grande partie de l’Ukraine. Jusqu’en novembre 1918. Le pays est parcouru par des dizaines et des dizaines de chefs de guerre et partagé entre les armées des nouveaux responsables indépendantiste, les Blancs, l’Armée rouge à l’Est et, au Sud, les Noirs, les anarchistes,  de Makhno.

Makhno est un paysan d’origine

Il a fait de son village son quartier général : Gouliaïpole qu’on appellera Makhnograd.  Quand, venu clandestinement à Moscou,  il rencontre Lénine, l’été 18, il se présente comme à moitié illettré mais il appartient à la chair de la chair de sa région. Il y  disposera,  au meilleur moment,  de dizaines de milliers d’hommes qui contrôleront un territoire de 300 kilomètres de diamètre. Son énergie, son courage, sa chance –son charisme, en somme- auront raison d’une armée blanche qui aurait pu fondre ensuite sur Moscou. Mais les bolcheviks se retourneront contre lui. Et dès le lendemain de sa défaite, entretiendrons sur son compte une légende noire. A les entendre, Makhno saute sur les cadavres, piétine les poitrines et les ventres puis, la nuit venue,  se livre à des orgies où il met la même fureur voluptueuse qu’au combat.

Dans cette terre de sang qu’est l’Ukraine, la mémoire de Makhno a survécu, souterraine

Avec l’indépendance recouvrée et les combats à l’Est du pays, elle s’est reconstituée sur des bases plus nationalistes qu’anarchistes. Bien avant ces évènements récents, dès les années 1968, et bien au-delà de l’Ukraine, Makhno qui avait toujours eu un côté « fashionista », avec ses costumes imprévus et  sur sa tête son haut papakhé cosaque, séduit les tenants  des contre-cultures. 

« Nationalisé » d’un côté, « cheguevarisé » de l’autre, Makhno-le-vaincu qui a fini pauvre et  boiteux au pavillon des tuberculeux de Tenon en 1934, est redevenu un premier de cordée.

Programmation musicale : "Pour en finir avec le travail" de Roda Gil et "Makhnovtchina" des Béruriers noirs

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