Bar-tabac-téléphone "A la barrière de Livry" à Livry-Gargan - vers 1900
Bar-tabac-téléphone "A la barrière de Livry" à Livry-Gargan - vers 1900 © domaine public / Audin

Au temps de Molière, on le suçait, on le mâchait quand on ne l’avalait pas en décoction. Aux deux extrémités de la société, des aristocrates aux marins et aux soldats, les hommes y trouvaient du plaisir tandis que le roi y trouvait son intérêt. Le contrôle, puis le monopole, du tabac est une politique de longue durée qui ne connaîtra d’éclipse que sous la Révolution. Achat de la production, fabrication dans des manufactures nationales, distribution des débits à des obligés, affectation des bénéfices au Trésor…le système a de quoi être satisfait de lui-même. La Troisième République le couronne, en 1926, avec le Service d’exploitation des tabacs et bientôt des allumettes – la SEITA .

C’est que la consommation s’est envolée. La cigarette est l’objet d’une fabrication industrielle à partir de la Monarchie de Juillet, Napoléon III étonnait encore quand il recevait entouré d’un halo de fumée mais bientôt la cigarette se généralise. En 1936, les fumeurs de cigarettes deviennent plus nombreux que les fumeurs de pipe. Les rejoignent de plus en plus de femmes.

L’apogée, ce furent les Trente Glorieuses. Aujourd’hui, nous les considérons avec regret mais aussi avec davantage de recul. Elles furent productivistes, polluantes, tabagiques aussi. La SEITA, sans inquiétude, fit tout ce qui était en son pouvoir pour augmenter la consommation et donc sa contribution au budget français. Ses efforts paraissent étranges aujourd’hui. Elle les poursuivit bien après la loi Veil de 1976, dans la tempête dorénavant, arguant de la défense de ses ouvriers et des buralistes qui étaient encore 50 000 à l’époque. L’État fut bien heureux de la privatiser en 1995 : une dernière fois, elle rapportait de l’argent et elle n’entrait plus en contradiction avec la nouvelle politique de santé publique.

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