En Chine, il est urgent de vider les malles et les greniers à la recherche d’une mémoire individualisée.

Mao Zedong dans les années 50 -60
Mao Zedong dans les années 50 -60 © Getty / Hulton Archive

En France, l’image de Mao a oscillé entre des extrêmes. D’un côté, Malraux, Giscard, l’admiration. De l’autre, l’accusation : L’Obs de cette semaine présente Mao, en « une », comme le plus grand criminel de tous les temps.

En Chine, les historiens ne peuvent se permettre ces débordements. En 1981, dans un texte tiré au cordeau, le Parti a calculé la part d’erreur du maoïsme, distingué les périodes néfastes des périodes positives et depuis, il convient de tenir les plateaux de la balance à la hauteur définie par les instances officielles.

En même temps, dès les années 1990, les professionnels de la profession ont commencé à se donner des marges. Le branle leur fut parfois donné depuis Hong-Kong ou depuis l’étranger mais en Chine même, les archives n’étant pas uniformément fermées, beaucoup de sources sont venues au jour.

Cependant c’est la demande sociale qui a compté le plus. Les souffrances vécues pendant l’époque de Mao ont été telles que nombre de parents se sont tournés vers leurs enfants pour raconter, tandis que les enfants demandaient aux parents : « Mais qu’as-tu vécu ? Qu’as-tu fait ? ». Nombre d’éditeurs assez habiles pour s’adapter à ce besoin profond ont en conséquence publié d’innombrables volumes de mémoires et de souvenirs qui ont trouvé leur public. Tout comme la revue « Vieilles photos » dont le titre est tout un programme : il est urgent de vider les malles et les greniers à la recherche d’une mémoire individualisée.

Sans doute l’actuel président voudrait-il dans ce domaine comme dans d’autres, resserrer le contrôle de l’expression mais une formule chinoise plus vieille que lui observe qu’une fois le veau d’argile entré dans la mer, il se dissout nécessairement.

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