Le film, sorti il y a cinquante, juste après l'assassinat de Kennedy, a connu un beau succès en salle - près de 500000 entrées mais ce n'était pas non plus le triomphe des triomphes. « Le corniaud » , par exemple, peu après, allait faire davantage.

Affiche du film "Les Tontons flingueurs" - 1963
Affiche du film "Les Tontons flingueurs" - 1963 © radio-france / Jean-François Siry

Pourquoi, comment "Les Tontons flingueurs" ont-ils décroché l'auréole de film-culte ? On en connaît qui, plusieurs fois l'an, regardent le DVD - dernière version soigneusement restaurée, évidemment. D'autres en ont moins besoin, c'est qu'ils connaissent toutes les répliques par cœur. Sur Facebook, le groupe dédié, c'est cinquante milliers d'amis. Ce printemps, "Le Point" sort un numéro hors-série - il est vrai que « Télérama » en a déjà consacré un à Louis de Funès. Et dans le catalogue des commémorations nationales de 2013, deux pages. Alors que le centenaire du grand philosophe Paul Ricœur n'est pas même mentionné !

Une explication ? On va être pédant comme Antoine Delafoy dans le film. Ricœur recommande de ne pas ployer sous la mémoire et de faire sa place à l'oubli. Mais la France n'entend pas déposer au vestiaire ses souvenirs des Trente Glorieuses. Et quel autre film les incarnerait-il mieux. "Les Tontons flingueurs" aspirent à l'ordre, le réfrigérateur Kelvinator ronronne dans la cuisine, encore un moment et ils vont pouvoir passer à table. Et surtout, rien n'a encore vraiment changé dans les mœurs. Les femmes sont toujours à leur place. Les hommes disent : « Moi, je connais qu'une loi, celle du plus fort » . Le confort moderne et les valeurs traditionnelles, quoi de mieux que les Trente Glorieuses ?

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