Manifestation à Paris en décembre 1995
Manifestation à Paris en décembre 1995 © Peter Turnley/Corbis

Avec Jacques Chirac à l’Elysée et Alain Juppé à Matignon, personne ne peut contester la qualification de « républicaine » à la droite au pouvoir. Néanmoins, elle est profondément divisée.

Chirac avait été élu peu avant sur la promesse de réparer la « fracture sociale » qui se faisait de plus en plus visible dans le pays mais il avait fait le choix, comme Premier ministre, d’un homme qui était alors caractérisé par son esprit d’autorité. A aucun moment de la campagne, n’avait été évoquée la réforme profonde du financement de la Sécurité sociale ; Juppé l’annonce pourtant solennellement le 15 novembre à l’Assemblée. Les réactions, au départ, sont favorables dans le pôle « moderniste » jusqu’au-delà de la majorité, à la CFDT par exemple.

Cependant, Juppé a jugé le moment favorable pour charger davantage la barque et veut déclencher aussi une réforme du régime des retraites, et particulièrement des régimes spéciaux des entreprises publiques. Les cheminots réagissent les premiers dès le 23 novembre et la grève s’étend ensuite dans la plupart des services publics, les universités sont touchées aussi - mais le privé beaucoup moins. Sensible différence avec mai même si beaucoup de citadins - et les franciliens particulièrement- retrouvent dans l’atmosphère chaotique du moment quelques-uns des charmes de la « prise de parole » de 68.

L’épisode est cependant plus marqué que 68 par une colère sourde contre les « technocrates ». On devine que l’ordre de demain ne sera plus vertébré par le salariat. Carnaval, coup de lune, fantasmagorie, disent ceux qui pensent que L’Histoire peut être contrôlée par la raison. Avant d’être pris eux-mêmes de panique devant l’ampleur du mouvement.

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