Quand Thomas Bernhard est mort en 1989, le président du pays se nommait Kurt Waldheim. Le parti chrétien conservateur l’avait choisi comme candidat en 1986 parce que la petite Autriche était fière de son titre d’ancien secrétaire général de l’ONU.

Le président fédéral de la République autrichienne Kurt Waldheim en 1988
Le président fédéral de la République autrichienne Kurt Waldheim en 1988 © Getty / Chris Niedenthal

C’était un motif récurrent  de l’écrivain Thomas Bernhard : le portrait de Hitler encore fixé au mur ou bien, quand il avait été décroché, laissant une tache claire à l’emplacement de laquelle on avait fixé un crucifix…

Thomas Bernard est mort il y a précisément trente ans. Il était à l’époque l’auteur dramatique étranger le plus joué en France mais, dans son pays, l’Autriche, il faisait l’objet de disputes passionnées. Beaucoup de contribuables demandaient pourquoi leur argent servait à mettre en scène ses pièces provocatrices. Il reste que son œuvre a contribué à faire prendre conscience au pays de la complexité de leur passé : au moment de l’Anschluss, il n’avait pas été seulement la première victime du nazisme, il avait pu en être l’acteur.

Quand Thomas Bernhard est mort en 1989, le président du pays se nommait Kurt Waldheim

Le parti chrétien conservateur l’avait choisi comme candidat en 1986 parce que la petite Autriche était fière de son titre d’ancien secrétaire général de l’ONU. Mais la campagne électorale avait révélé son passé de jeune nazi et sa présence au sein de la Wehrmacht dans les Balkans, au plus près des déportations de juifs et des massacres de partisans yougoslaves. Néanmoins les Autrichiens avait dû juger  qu’il était attaqué injustement puisqu’ils l’avaient élu à 54%.

Pendant toute la durée de son mandat, Waldheim avait été largement boycotté à l’international et il n’avait pu se représenter. Aux dernières présidentielles autrichiennes, le candidat d’extrême droite a manqué de peu l’élection et depuis les dernières législatives, le  chancelier catholique conservateur conduit une coalition avec l’extrême droite. Alentour en Europe, il n’est pas persona non grata, il se sent même entouré de plus en plus de complicités. Quand on le questionne encore sur le passé, le chancelier Kurz peut toujours mettre en avant sa jeunesse : il est né à l’instant même où Waldheim était élu.

C’est un peu de la même manière qu’a réagi un dirigeant de l’extrême droite, Heribert Steinbaum, quand il a vu le documentaire sur l’affaire Waldheim que vient juste de sortir en Autriche  la réalisatrice Ruth Beckermann : « J’ai appris beaucoup de choses », a-t-il commenté. L’effort de retour sur soi des années 1980 était-il destiné à ne pas durer ?

Les invités
  • Jacques Le RiderGermaniste et historien, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Etudes
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