Du film "Les portes de la nuit", la mémoire a retenu une chanson qui y était à peine esquissée mais qui est devenue l’une des plus reprises dans le monde "les feuilles mortes"...

Jacques Prévert (G) et au réalisateur Marcel Carné (D), en présence des acteurs Jean-Louis Barrault (2e G), Michel Simon (C) et Michèle Morgan - Café des Deux Magots, Paris - 24/02/1967
Jacques Prévert (G) et au réalisateur Marcel Carné (D), en présence des acteurs Jean-Louis Barrault (2e G), Michel Simon (C) et Michèle Morgan - Café des Deux Magots, Paris - 24/02/1967 © AFP / STF

« Les passants qui passent les désignent du doigt mais les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne »… Du film « Les portes de la nuit », la mémoire a retenu cet air qui en était le leitmotiv. Et plus encore une chanson qui y était à peine esquissée mais qui est devenue l’une des plus reprises dans le monde : « Les feuilles mortes ». Toi tu m’aimais et je t’aimais/ et nous vivions tous les deux ensemble/ toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.

Carné et Prévert avaient prévu pour les rôles principaux Gabin et Marlène. « La grande », parmi mille motifs pour se dédire, avait mis en avant celui-ci : « Cette chanson ne marchera jamais ». Et peu après, Gabin s’était retiré pareillement.

Imaginé pour un couple qui, dans la vie, représentait la gloire et la victoire, le film était-il taillé trop large pour les deux jeunes acteurs qui furent finalement choisis comme remplaçants, Nathalie Nattier et Yves Montand ? C’est ce qu’on dit paresseusement pour expliquer l’échec commercial, à la sortie, en 1946. En réalité, le rôle de la vedette était fort bien tenu… par le décor. Signé Alexandre Trauner, il figurait un Paris lugubre, celui des lendemains de la Libération : peut-être les Français qui n’avaient jamais autant manqué de tout avaient-ils peu envie de le voir de si près tout en apprenant que sa construction, en période de restriction, avait coûté si cher ? « Les portes de la nuit », c’est l’esthétique d’avant-guerre qui se prolonge après. Un expressionnisme appuyé à l’heure de l’arrivée des Américains…

En revanche, en matière politique, l’époque attendait le noir et blanc. Les résistants d’un côté, les occupants de l’autre. Et voilà que Carné et Prévert qui, d’ailleurs, n’avaient pas eu exactement le même comportement pendant la guerre, présentent une palette contrastée. L’humour de Prévert s’applique aux résistants comme aux pétainistes et aux collaborationnistes dont les rôles sont plus importants et davantage fouillés que dans les autres films de l’après- Libération. Esthétiquement, « Les portes de la nuit » s’ouvraient à contretemps. Politiquement aussi.

Programmation musicale : Cora Vaucaire "Les feuilles mortes"

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