L’entrée à l’Élysée peut se lire selon deux versions assez différentes : la lecture de stricte obédience républicaine, et celle dans l'antique tradition du sacre.

Passation de pouvoir au Palais de l'Elysée, le président élu François Mitterrand raccompagne son prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing - 21 mai 1981
Passation de pouvoir au Palais de l'Elysée, le président élu François Mitterrand raccompagne son prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing - 21 mai 1981 © AFP / STF

Il y a donc la lecture de stricte obédience républicaine. Alain Poher, qui la représente bien et qui exerça deux fois l’intérim, se présentait avec insistance comme un sous-locataire. Mine de rien, cela signifie que le candidat vainqueur n’est que le simple titulaire d’un bail.

Une autre lecture se situe, mine de rien toujours, dans l’antique tradition du sacre. Les derniers sacres remontent au début du XIXème avec la reconstitution pleine d’emphase de Napoléon à Notre Dame de Paris et, vingt ans plus tard, l’ultime onction d’un roi, Charles X. Les contemporains avaient trouvé ce voyage de 1824 à Reims furieusement gothique mais rien ne disparaissant jamais en histoire, on retrouve un peu du sacre dans la trame du cérémonial élyséen d’aujourd’hui. La garde sabre au clair, les vingt et un coups de canon, la présence de la famille de l’heureux élu…

Valery Giscard d'Estaing choisit de les monter lentement

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing renonça à porter le collier de l’ordre de la Légion d’honneur, qui remplaçait celui de Saint-Louis. Il afficha à ce moment une volonté de simplification. Mais c’était en réalité pour faire une plus juste place à l’onction populaire. Lors de la première passation de pouvoir à laquelle il avait assisté, jeune homme en 1947, il avait vu le président Auriol en jaquette et pantalon rayé, débout dans une voiture découverte d’ancien modèle, saluer des trottoirs déserts. Aussi choisit-il de remonter lentement les Champs, à pied au milieu d’un grand concours d’électeurs. À François Mitterrand, fut pareillement offert une légitimation par une foule ardente rue Soufflot qui l’accompagna jusqu’au pied du Panthéon.

Aujourd’hui, les contraintes de sécurité restreignent beaucoup le répertoire dont dispose l’impétrant. Mais celui-ci doit répondre à une double attente. Il faut qu’il observe rigoureusement les formes, prouvant ainsi qu’il est seulement le locataire de l’Élysée. Il faut aussi qu’il fournisse assez de signes qui prouvent qu’il prend possession de la fonction et qu’il l’incarne.

Le 14 mai à 20h50, sur France 5 : "Jours de sacre à l'Elysée", par Christian Huleu (1h30)

Programmation musicale

  • "Hymne européen, Hymne à la joie", de Ludwig Van Beethoven.
  • "Le chant du départ", par le commandant Philibert (chef d'orchestre). Album : les plus célèbres marches militaires (1995)
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.