La malheureuse famille Calas - d'après Carmontelle - 1765
La malheureuse famille Calas - d'après Carmontelle - 1765 © domaine public / BNF

Après la mort énigmatique de Marc-Antoine, l’un de ses fils, Jean Calas, négociant resté protestant, sera accusé de l’avoir supprimé parce qu’il s’apprêtait à passer au catholicisme. Et il sera exécuté en 1762 .

Il aurait commis en somme, un « filicide », comme il y a des parricides. Il est curieux que ce type d’accusation, aussi inouï qu’il paraisse, revienne régulièrement. En Alsace annexée entre 1870 et 1914, des pères de famille pro-allemands ont été accusés d’avoir crucifié leurs fils parce qu’ils chantaient la Marseillaise. Et en 2015, on parle beaucoup des « crimes d’honneur » qui seraient préparés par des tribunaux familiaux musulmans, outrés du comportement trop libre de leurs filles.

Mais ce n’est certes pas ainsi qu’on peut expliquer la forte présence, aujourd’hui, de l’affaire Calas. On sait qu’en plein milieu de son combat pour la réhabilitation du toulousain, en 1763, Voltaire publia un « Traité de la tolérance ». Or, après les attentats des 7 et 8 janvier, les ventes de ce livre se sont envolées, spontanément, comme si la France de Voltaire et de de Dreyfus, qui savait qu’elle était la cible des assassins, revenait spontanément à l’affaire Calas comme à une source.

Evidemment celle-ci n’est pas un lac de cristal. Les historiens aiment les impuretés. Citons en quelques-unes.

Ainsi, la justice de l’époque était-elle aussi caricaturale que le prétendait Voltaire ? Et la République des lettres aussi secourable ? L’extraordinaire réseau de correspondances et de salons qui l’irriguait s’était longtemps contenté de lutter souterrainement contre la routine des orthodoxies.

Pourquoi Voltaire qui était l’un de ses princes enleva-t-il soudain la mouche de son fleuret et attaqua- t-il soudain bille en tête ? Parce que l’Ancien Régime s’adoucissait.

Le combat pour Calas était possible parce que l’adversaire, gagné de l’intérieur, y consentait. Il faut le dire aussi.

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