Esclavage : la révolution abolitionniste

Buste de Toussaint Louverture à Bordeaux
Buste de Toussaint Louverture à Bordeaux © AFP / PIERRE ANDRIEU

Nous nous sommes habitués à additionner la somme des révoltes des esclaves qui n’ont jamais accepté leur condition et les combats des abolitionnistes-phares que nous voyons comme les premiers citoyens du monde. Leurs efforts convergents ont mis au jour cette vérité constante et universelle : l’humanité est une.

Certes mais en histoire, il faut aussi compter en millénaires. Depuis le néolithique jusqu’à un premier moment d’ébranlement dans le monde radical protestant après 1680, l’esclavage est paru détestable parfois mais aménageable seulement au cas par cas. Sa disparition relevait de tout sauf de l’évidence.

La comparaison avec le mouvement contre la peine de mort ou avec celui qui lutte contre la prostitution, « le plus vieux métier du monde » comme on dit, apporte pourtant beaucoup d’enseignements. Dans les trois cas, l’histoire n’est pas linéaire. Il n’y a pas que des moments d’accélération mais aussi des moments de ralentissement. Les objectifs peuvent être différents selon les époques : la France de 1794 donne la priorité à l’abolition de l’esclavage et c’est aussitôt le retour en arrière; la Grande Bretagne choisit, elle, l’abolition de la traite et par la voie graduelle parvient au but plus vite que la France. L’intention de l‘abolitionnisme est radicale mais les armes généralement les plus efficaces sont réformistes. Avec deux exceptions considérables : Saint Domingue, l’unique révolte d’esclaves qui ait abouti seule et les Etats-Unis où il a fallu passer par une guerre.

Enfin pour montrer combien l’histoire réserve de surprises, il faudra dire qu’à la reprise de l’entreprise coloniale en Afrique, l’abolitionnisme sera enrôlé par le parti colonial : la lutte contre la traite qui se porte toujours très bien fin XIXème en Afrique centrale et de l’Est est alors invoquée pour justifier la conquête brutale. C’est à se demander pourtant si mieux ne vaut pas être esclave vivant que colonisé par … je ne sais pas, Léopold II roi des Belges. Mais l’épisode permet au moins à l’Eglise catholique instituée, qui était restée à la traîne, de rejoindre le combat abolitionniste.

Chanson "Uélé moliba makasi" de Jean-Marie Bolangassa (Album "Comptines et berceuses du baobab")

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