Les années 60, c’est une étape. Les adultes sont tentés de dételer un peu, en tout cas de jouir du produit de leurs efforts. Les loisirs modernes dessinent un univers nouveau. Le transistor, le petit écran, l’électrophone diffusent la musique rock ; elle intensifie le présent.

Jean-Pierre Le Goff en février 2018
Jean-Pierre Le Goff en février 2018 © Maxppp / Daniel FOURAY

On va commencer avec Johnny. Ce sont les chansons qui expriment le mieux le bouillonnement de la jeunesse des années 60. Un bouillonnement qui cherche son nom dans des paroles dont le sens a moins d’importance que le son qu’ils rendent.

Mais d’abord, pour Jean-Pierre Le Goff, né en 1949, il y avait eu l’enfance. En Cotentin. Entre terre et mer. Entre deux milieux : les parents amorçaient une ascension sociale. Entre deux époques : la guerre était finie sans l’être. Les enfants jouaient encore aux billes et aux osselets mais déjà aux petites voitures en format réduit : on accélérait sur la route du développement économique et technique mais on n’en était qu’aux premiers tournants, on n’avait pas encore quitté le monde ancien.

Les années 60, c’est une autre étape. Les adultes sont tentés de dételer un peu, en tout cas de jouir du produit de leurs efforts. Les loisirs modernes dessinent un univers nouveau. Le transistor, le petit écran, l’électrophone diffusent la musique rock ; elle intensifie le présent. Ceux des adolescents qui, comme Jean-Pierre Le Goff, vont au lycée et sont encore formés aux humanités classiques écoutent aussi Léo Ferré. Il demande si, au temps du plastique et de la télé, on est vraiment plus heureux : « Est-ce ainsi que les hommes vivent/ et leurs baisers au loin les suivent / comme des soleils révolus. »

Nous allons beaucoup interroger dans les semaines qui viennent l’évènement mai 68 ; il faut prendre la bonne distance, l’inscrire dans la durée. Le modèle adolescent – tout doit m’être possible- se tient déjà au premier plan. Les modèles anciens que portent toutes les institutions sont remis en cause. Mais ils subsistent. Comme des soleils révolus. Il faudra encore un peu de temps pour que l’adolescence ne corresponde plus à un âge et s’étende partout. Le temps de la vie de Johnny Hallyday, en somme. Le temps que tout un peuple devenu adolescent l’enterre comme le héros des temps nouveaux avant de se passionner pour son héritage impossible.

Programmation musicale :

"Elle est terrible" Johnny Hallyday (1962)

"Ballad of a Thin Man" Bob Dylan (1965)

Les Cahiers de Politique Autrement

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