Résignation. C’est le mot qui décrit le moins mal le climat pendant la mobilisation allemande de 1914. 20000 jeunes alsaciens choisirent néanmoins de passer du côté français et les troupes de la République furent accueillies au milieu des vivats lors de leurs deux brèves apparitions à Mulhouse, au Nord de Wittersdorf.

Damien Foltzer, membre de l’association Culture & Solidarité, sur l'un des 3 chemins de mémoire de Wittersdorf en octobre 2018
Damien Foltzer, membre de l’association Culture & Solidarité, sur l'un des 3 chemins de mémoire de Wittersdorf en octobre 2018 © Radio France / Jean-Michel Porcher

Quel était l’état d’esprit des quelque 800 habitants de Wittersdorf, au sud de l’Alsace, en 1914. C’est bien difficile à mesurer rétrospectivement. Quelques années auparavant, le Reich avait libéralisé sa politique administrative en faisant de l’Alsace un land à part entière. Il avait rendu l’instruction obligatoire dès l’annexion, avant Jules Ferry : l’allemand appris en classe avait progressé et il restait peu de francophones dans le village. Mais c’est en alsacien qu’on s’exprimait le plus souvent : le dialecte marquait une distance avec l’Allemagne mais aussi bien avec la France. Peut-être l’attachement à la « petite patrie » alsacienne primait-il sur tout ?

La Grande Guerre remit en cause la lente évolution vers la germanisation ou du moins la résignation. Résignation ? C’est le mot qui décrit le moins mal le climat pendant la mobilisation allemande. Vingt mille jeunes alsaciens ou presque choisirent néanmoins de passer du côté français et les troupes de la République furent accueillies au milieu des vivats lors de leurs deux très brèves apparitions à Mulhouse, au Nord de Wittersdorf, en août 1914.

Pendant la guerre, l’Empire allemand devinrent une dictature militaire. Les autorités traitèrent de plus en plus mal la région. C’est une des explications de l’euphorie qui entoura les armées alliées à Strasbourg en novembre 1918. Wilson, le président américain, aurait voulu un référendum. Clemenceau et Poincaré lui opposèrent l’enthousiasme de la foule qui valait plébiscite.

Qu’on parle de désannexion ou de libération, les Alsaciens, à cette date, éprouvaient d’abord du soulagement. C’était le retour des fils, des maris et du pain blanc. Pour le reste, comment sonder les reins et les cœurs ? D’autant que la mémoire de la terrible occupation nazie se mêle à celle des temps précédents.

A Wittersdorf, on dépasse cette difficulté, si particulière à l’Alsace, à se souvenir ensemble en en appelant à la paix. Et en chantant mais pas exactement dans la tonalité de « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ».

  • Le site de l'association Culture&Solidarité des villages alsaciens de Obermorschwiller, Emlingen et Wittersdorf
  • Le site de l'association La Manivelle de Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel
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