Unifiée en 1860 seulement, l’Italie s'est lancée plus tardivement dans la colonisation. Elle s’est d’abord intéressée à Érythrée, la Somalie et l’Ethiopie avec, pour justification, le contrôle des routes maritimes de l’Afrique orientale. Les résistances sur place la bloquèrent vite dans son élan.

Portrait du roi Victor-Emmanuel III d'Italie et de Benito Mussolini dans une rue d'Harar en Ethiopie vers 1937
Portrait du roi Victor-Emmanuel III d'Italie et de Benito Mussolini dans une rue d'Harar en Ethiopie vers 1937 © Getty / Keystone-France

En 1900, l’Italie est le premier pays d’émigration au monde. La politique coloniale du pays vise à tenter de diriger les flux de population italiens vers la façade méditerranéenne de l’Afrique où Rome pourrait ensuite construire une influence. Ainsi à cette époque, les Italiens sont plus nombreux à s’installer en Tunisie que les Français. Mais Rome échoue à y imposer sa souveraineté.

En 1911, un accord est trouvé avec Paris : l’Italie renonce à ses revendications sur la Tunisie et la France la laisse occuper Tripoli, plus à l’Est.

Les années suivantes, l’aventure libyenne menace plus d’une fois de tourner au fiasco. C’est seulement en 1934 que la Tripolitaine et la Cyrénaïque sont unifiées sous l’autorité d’un hiérarque du régime de Mussolini, Italo Balbo. De suite, la conquête de l’Ethiopie commence ; et les vieilles diplomaties européennes seront incapables de l’en empêcher.

La colonisation à la manière fasciste se veut différente des colonialismes traditionnels. Il paraît que les intérêts capitalistes n’y sont plus au centre des décisions. Il est en tout cas certain que les territoires conquis fournissent l’occasion de former les Italiens, nombreux à y être transplantés, à un nouveau mode de vie totalitaire : fondations de villages, villes séparées des populations africaines, organisations paramilitaires, rédemption des hommes par la terre…

Dans la foulée, l’Italie renouvelle ses prétentions sur la Tunisie et même sur la Corse. C’est un sérieux motif d’affrontements avec la France à la fin des années 1930

L’Italie avait aussi des préoccupations dans l’Europe ex-ottomane. Elle établit ainsi un protectorat économique sur l’Albanie. Et c’est en Albanie qu’elle intervient militairement dès 1939, avant même de rallier l’Allemagne nazie en 1940 dans l’invasion de la France. 

De toutes ces équipées violentes, que reste-t-il ? L’Italie, après la Seconde guerre mondiale (1942-1943), a dû officiellement abandonner tous les territoires perdus. Elle est devenue involontairement une pionnière de la décolonisation.

Bibliographie 

  • Le fascisme italien. 1919-1945 de Serge Berstein, Pierre Milza (Points).
  • L'épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie (1936-1938). Les Ensablés de Fabienne Le Houérou (L'Harmattan).
  • Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur de Albert Memmi (Gallimard).
  • Journal politique de Galeazzo Ciano (Nouveau Monde).
  • Revue Histoire Le génie de l'Italie, N°84 daté juillet-septembre 2019.
  • Film Le lion du désert Omar Mukhtar de Mustapha Akkad, 1981.
Les invités
  • Valéria GalimiChargée de recherche en histoire contemporaine à l'université de Florence
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