Le Goulag était un état dans le pays. C’était un réseau mouvant de camps de travail qui, bien souvent, étaient seulement désignés par un numéro et qui pouvaient migrer en fonction des objectifs de l’économie et de la colonisation du pays.

Prisonniers du camp Perm 35, le "dernier Goulag" en 1989
Prisonniers du camp Perm 35, le "dernier Goulag" en 1989 © Getty / Pierre Perrin

  Mais le Goulag était aussi constitué de prisons de transit, de villages de déplacés, de colonies d’enfants. S’il faut chercher un point commun entre ces innombrables endroits de malédiction, c’est qu’ils relevaient d’une administration à part qui échappait au régime commun. Ceux qui instruisaient les affaires des prévenus n’étaient pas nécessairement des magistrats et les prévenus étaient déjà constitués en coupables avant même l’instruction de leur dossier. Quant aux gardes, ils n’étaient généralement pas les meilleurs camarades du Partis qui soient. D’ailleurs beaucoup d’entre eux pouvaient se retrouver zeks – c’est-à-dire détenus. Et vice-versa. C’étaient en réalité les truands et les criminels de droit commun qui donnaient le « la » dans les camps. Les détenus politiques qui étaient accusés de manquer de conscience de classe étaient livrés à des truands qui, eux,  en avaient une, fortement constituées par les rapports de violence qu’ils entretenaient entre eux et avec les autres.

 Les premiers camps sont apparus dès les années 1920, dans des endroits-laboratoires comme les Solovki au large de Leningrad. Dans les années 30, le système prit son envol. Avec des moments-clés : la dékoulakisation, les grandes purges dans les rangs communistes, les premières déportations de groupes ethniques entiers.

En 1937-1938, et pendant la Grande Guerre patriotique, on peut parler de camps destinés à la mort, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient équivalents avec les camps d’extermination nazis. En 1950, en revanche, alors que la population pénitentiaire est sans doute à son zénith, le taux de mortalité dans les camps ne se distingue plus vraiment du reste du pays.

 Le Goulag dans ses dernières années  est submergé par le nombre. Il apparaît dorénavant comme une absurdité économique. Mettre des centaines et des centaines de milliers d’hommes et de femmes derrière  la brouette au temps des technologies nouvelles est un non-sens. La mort de Staline scelle  la fin qui n’interviendra que lentement, non sans de nombreuses révoltes.  Viendra le temps des colonies pénitentiaires qui, pour être très cruelles aussi, n’atteignent plus les mêmes dimensions.

Bibliographie :

  • Goulag. Une histoire soviétique de Nicolas Werth, François Aymé, Patrick Rotman (Seuil/Arte Editions).
  • Les grandes famines soviétiques de Nicolas Werth (Que sais-je ?).
  • La route de la Kolyma. Voyage sur les traces du goulag de Nicolas Werth (Belin).
  • Le goulag. Témoignages et archives de Luba Jurgenson, Nicolas Werth / Collectif (Robert Laffont).
  • Goulag de Anne Applebaum (Grasset).
  • Les services compétents de Iegor Gran (POL).
  • Les ténèbres de Volkov Oleg (Lattès).

Arte diffuse le Mardi 11 février 2020 à 20.50 Goulag, une histoire soviétique, une série documentaire en 3 épisodes réalisé par Patrick Rotman et écrite par Patrick Rotman, Nicolas Werth et François Aymé (2019 – 3x52mn).

Au milieu d'un paysage enneigé, Iouri Doud, un célèbre Youtubeur russe, présente son périple au coeur de "la citadelle des crimes staliniens" : la Kolyma, dans l'extrême nord-est de la Russie.

Mémoires européennes du goulag 160 témoignages d’anciens déportés, des photos prises au cours de leur vie, des documents d’archives privées et  publiques, des films, ont été recueillis par une équipe internationale de chercheurs. 

Les invités
  • Nicolas WerthHistorien, directeur de recherche à l’Institut d'histoire du temps présent
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