L’esprit des Lumières pénétrait bien sûr dans la bibliothèque du roi et jusque dans celle des grands administrateurs du royaume. « Qui n’a pas lu l’Encyclopédie ? » disait-on volontiers dans l’aristocratie.

Marie-Antoinette au livre - portrait par E. Vigée Le Brun (1785)
Marie-Antoinette au livre - portrait par E. Vigée Le Brun (1785) © Getty / Heritage Images

L’esprit des Lumières pénétrait bien sûr dans la bibliothèque du roi et jusque dans celle des grands administrateurs du royaume. « Qui n’a pas lu l’Encyclopédie ? » disait-on volontiers dans  l’aristocratie. Il faut observer tout de même que les éditions in-quarto de l’Encyclopédie de la seconde moitié du siècle nécessitèrent au moins 29 voire 36 volumes : pour les éditeurs qui se disputaient l’impression comme pour les acheteurs, c’était un investissement lourd, exceptionnel. La question est de savoir  comment circulaient les livres plus courants. 

De plus, l’attention est toujours fixée sur Paris et Versailles qui y régente de près l’industrie du livre. On sait mal comment se déroulent l’approvisionnement et les ventes dans les villes, les grandes mais aussi les petites. 

En réalité, elles se sont largement autonomisées par rapport à la capitale. Les livres leur parviennent très souvent par l’étranger grâce à une  manière de croissant fertile qui s’est constitué à l’Est du pays : il va des Pays Bas à la Suisse en passant par la Rhénanie. Sans compter Avignon qui tire longtemps parti de son statut d’enclave pontificale. En général, les ouvrages  ne sont pas encore reliés quand ils voyagent, à pied, à cheval, en voiture.  Ce ne sont pas nécessairement des livres prohibés mais tout simplement des livres piratés qui échappent aux contraintes des structures étatiques et corporatives de Paris. Ils se fraient un chemin plein d’embûches, pilotés depuis l’étranger. Ainsi, en Suisse, la bien connue Société de typographie de Neuchâtel  laboure-t-elle la France à distance.

Par capillarité pénètrent ainsi les livres interdits comme les ouvrages tranquilles, les protestants comme les catholiques, les textes scabreux comme les romans sentimentaux, les productions de la dernière génération des Lumières comme les chefs d’œuvre de Voltaire et de Jean-Jacques. Le long best-seller absolu de ces années-là imagine d’ailleurs une société utopique alignée sur les principes de Rousseau. C’est le  « 2440 »  de Louis-Sébastien Mercier.

Comment donc une industrie dont le but est d’abord l’argent apporte-t-elle des livres aux lecteurs quand une telle liberté  semblerait  impossible ?

Références

Archives de la Société typographique de Neuchâtel

Un tour de France littéraire. Le monde du livre à la veille de la Révolution - par Robert Darnton (Gallimard)

Apologie du livre. Demain, aujourd'hui, hier - par Robert Darnton (Gallimard)

De la censure. Essai d'histoire comparée - par Robert Darnton (Gallimard)

Le rayonnement d'une maison d'édition dans l'Europe des Lumières : la Société typographique de Neuchâtel 1769-1789 - par Jacques Rychner, Robert Darnton, Michel Schlup (Bibliothèque Neuchâtel).

Programmation musicale : Tu m'as possédée par surprise de Louis Maubon, Marcel Bloch et Jean Lenoir.

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